jeudi 20 mai 2010

"ETRE GAY EN ISRAEL" épisode 1, paru sur www.minorites.org

Le Proche-Orient est encore une caverne pour les homosexuels de toutes conditions d’où il est difficile de sortir. Si sur le plan politique, éthique et religieux, les relations entre hommes d’une part ou entre femmes d’autres femmes sont encore globalement sévèrement réprimées, cela ne signifie évidemment pas et loin s’en faut que rien n’existe comme chemins de traverse entre tous ces individus. Israël se démarque largement même s’il est encore difficile d’assumer sa sexualité partout dans le pays et ce pour de multiples raisons.

Inertie identitaire et sexuelle au Proche-Orient : Israël l’exception ?

Tout le Proche-Orient n’est pas sclérosé. Deux exceptions suffisent pour que le cas de l’espèce ne soit plus une exception. En Turquie d’abord, la revendication identitaire homosexuelle s’est effectuée par étapes, parachevée depuis 2003 par une grande Marche des fiertés, organisée par l’association Lambda Istanbul. Israël est ensuite le second pays ouvert à la cause dans la région. Pour autant, s’il est relativement plus accepté d’être homosexuel en Israël, les blocages sociaux, les confrontations ethniques et les chocs culturels liés à la structure même de la société israélienne, sont encore prégnants.

Etat « juif et démocratique »[1], l’Etat hébreu a en moins de vingt ans acté l’émergence d’une société civile défenseur des droits des homosexuels par la multiplication d’associations[2], la création de lieux dévoués à la vie diurne et nocturne, et s’est paré progressivement de tous les attributs des Etats modernes en termes de grand-messe homosexuelles. Il aurait été bien difficile pour une société israélienne, traversée de toutes les influences sociétales mondiales, de résister aux combats qui ont animé depuis les années 1980 une grande partie des démocraties occidentales.

Une société plurielle et pluraliste

La société israélienne pourrait être définie comme une société de minorités. En réalité l’ethos ashkénaze[3] l’emporte sur toutes les revendications et la défense du droit des minorités depuis 1948. Mais les marges constitutives aussi de ce groupement social complexe ont été de plus en plus nombreuses sans jamais parvenir à créer un réel contrepoids. Mais elles existent : arabes israéliens, russophones, éthiopiens[4] sur un plan ethnique ; ultra-orthodoxes juifs, chrétiens, orthodoxes, syriaques, musulmans, sur un plan religieux.

Et sur un plan sexuel ? Comme toute société bien entendu, Israël a vu se développer la revendication LGBT[5] qui n’est pas sans poser problème à quelques autres minorités. En dehors des Arabes, elle pose un problème majeur aux ultra-orthodoxes juifs, les haredim ou ceux qui craignent manifestement Dieu autant que l’ « inversion » sexuelle. La société a beau être laïque, avec toutes les libertés autorisées qu’une démocratie est en droit d’attendre, il n’en demeure pas moins que la religion majoritaire et poussée à son extrême joue définitivement une place plus importante dans les esprits que ce qu’elle représente démographiquement parlant[6]. La société israélienne est une société jeune et dynamique, constituée d’une multitude de gens d’horizons divers et variés. Avec l’alyah[7], beaucoup de jeunes juifs qui ont vécu dans des sociétés occidentales, apportent avec eux l’influence culturelle qu’ils ont subie, et l’ouverture d’esprit qu’ils pratiquaient là-bas. La société israélienne est un « creuset » du monde.

Laïcs et religieux : Tel-Aviv versus Jérusalem

Pourtant, les derniers évènements à l’encontre de la communauté homosexuelle de l’année dernière posent comme dans tout démocratie, la question du degré de tolérance quand une société se replie et surtout se radicalise à droite comme c’est le cas depuis 2000. Le premier évènement significatif de ces dernières années eut lieu en 2005. Après le rodage de la Gay-pride à Tel-Aviv, les mouvements homosexuels du monde entier avaient les yeux braqués sur Jérusalem. L’idée pour la Jerusalem Open House était d’organiser la seconde World Pride dans la ville trois fois sainte. Sûrement prématurée, l’annonce tombait au même moment que le désengagement par l’armée des colons de Gaza, déjà bien échauffés. L’évènement fut reporté sine die à 2006. Mais la guerre du Liban éclata et les revendications identitaires passèrent définitivement au second plan. L’idée fut abandonnée face à des contextes politiques systématiquement très défavorables. Cela ne veut pas dire pour autant que la détermination à imposer une Gay-pride nationale à Jérusalem tomba à l’eau.

. En effet, si des manifestations LGBT existent à Haïfa et Tel Aviv depuis plusieurs années, il en va tout autrement de son exportation dans la ville que Juifs et Arabes voudraient voir leur capitale. Musulmans, juifs ultra-orthodoxes et chrétiens évangéliques avaient au moins un point commun et un ennemi commun. Déjà lors de la première manifestation en 2005, la tension était à couteaux tirés au cœur de la ville sainte : « un juif religieux avait blessé trois homosexuels à coup de couteau. »[8] Et les « anti » avaient en plus reçu le soutien d’institutions de référence : « Le Vatican au nom des communautés chrétienne, musulmane et juive qui se partagent cette ville trois fois sainte a aussi demandé l’interdiction de la Parade. »[9]. Les manifestations contre rassemblèrent en 2006 et ce plusieurs semaines avant l’évènement bien plus de monde que les militants et manifestants « pro » eux-mêmes. Jérusalem est un autre monde et surtout le coeur spirituel des religieux, colons et défenseurs du grand Israël et de la torah à la lettre qui ont de nouveau la côte depuis l’échec des négociations de Camp David II et l’effondrement de la gauche travailliste –au chômage ?- en Israël. Finalement, la bataille de Jérusalem, si elle fut pourtant gagnée administrativement en 2005, sera loin de l’être sur le plan moral et social. Après toutes ces pressions, il n y aura pas de défilé dans les rues mais le rassemblement se fera dans le stade de l’université hébraïque et ce, dans un climat de kermesse bon enfant, « sans les excentricités habituelles des Gay Pride, sous la protection de milliers de policiers »[10]. Bon enfant certes, mais parqué dans un ghetto. En 2008, la manifestation défilera à la date du 21 juin enfin, avec 7000 membres des forces de l’ordre pour seulement…5000 personnes dans le centre-ville, de la rue King David Street au parc des Libertés, haut lieu de drague homosexuelle dans les années 1990.

Tel Aviv en force et en symbole de l’identité homosexuelle

La mauvaise entente entre juifs radicaux et homosexuels ne peut malheureusement plus se circonscrire qu’à Jérusalem. Jusqu’à il y’a peu la tension n’avait pas touché la « bulle » de Tel-Aviv. Or en août 2009, un centre de la communauté gay a été attaqué[11], faisant 2 morts de 26 et 17 ans. Des croix gammées avaient été précédemment tagées. Même si certains ont cherché à écarter l’idée d’une attaque homophobe, la police a retenu ce motif. Si la classe politique a protesté contre l’attaque du centre gay de Tel Aviv, les mouvements associatifs ont souhaité aller plus loin en accusant un juif ultra-orthodoxe. Décidément. Vrai ou pas vrai, le problème est que les ultras sont représentés au gouvernement désormais et particulièrement au Ministère de l’Intérieur avec le parti religieux shass[12]. Malheureusement l’agresseur est toujours en fuite. Lieu par excellence de l’amusement, de la liberté voire du libertinage, Tel Aviv regorge de lieux d’excentricité et de délassement pour la communauté homosexuelle. D’un côté on y trouve des sex-clubs, les plus grands saunas du Proche-Orient[13] comme le Sauna Paradise ou le Quick, mais encore des boites de nuit comme le Café Noir ou surtout le Mégaclub qui organise des soirées mensuelles très courues[14]. Il arrive à la police de faire du zèle et sa descente dans un sauna de la zone de Krayot en août 2008 a marqué les esprits: onze personnes ont été arrêtées et suspectées de prostitution. Pour qui fréquente ces lieux, il est souvent difficile de faire la part des choses mais pour l’association Aguda[15], ce sauna n’était qu’un simple lieu de drague et de rencontre pour garçons. Si Tel Aviv profite de l’ouverture et de ses limites, ce n’est évidemment sans aucune comparaison avec Jérusalem qui comptabilise péniblement… un night-club gay-friendly[16] dans la rue Shushan, à deux pas de la porte neuve et de la vieille ville. C’est encore à Tel Aviv qu’il y a un monument pour les homosexuels victimes des Nazis et pas à Jérusalem. Et puis il y’a les plages, lieux de drague par excellence comme celle de l’Hôtel du Hilton ou au vieux port. Mais on ne peut au moins pas reprocher à Jérusalem…de ne pas être au bord de la mer !

Va-et -vient de tolérance et de complications

Tout cela reflète aujourd’hui, à travers le prisme de l’homosexualité « en ville » la conjugaison de ces multiples identités laïques et religieuses qui composent la société israélienne, mais c’est une conjugaison qui renvoie surtout à l’ethos israélien. Comment se faire entendre lorsque l’on n’est pas ashkénaze dans une « ethnocratie » israélienne de ce genre ? Comment se faire entendre lorsque l’on est falasha, russophone, arabe israélien et homosexuel ? Libération du 10 novembre 2006 concluait dans son article de la sorte : « L’homosexualité est un grand tabou en Israël, divisée entre les interdits les plus stricts du judaïsme et les acquis d’une société moderne et occidentalisée. Plus fondamentalement, le débat violent sur la gay Pride montre la coupure croissante avivée par le retrait de Gaza et la guerre du Liban entre les Israéliens religieux partisans d’un grand Israël et un monde laïc. » Et pourtant, de plus en plus d’Israéliens n’hésitent plus à sortir du placard….



[1] Considéré par beaucoup de ses détracteurs comme un désaccord originel.

[2] Citons l’une des principales, la « Jerusalem Open House for Pride and Tolerance » créée en 1996.

[3] Originaire d’Europe centrale et d’Europe occidentale

[4] Que l’on appelle Falashmouras et qui sont selon les « textes » des descendants de la Reine de Saba et du Roi Salomon. Une grande partie d’entre eux à été amenée d’Ethiopie dans les années 1980 au moment de la grande famine.

[5] « Lesbien, Gay, Bisexuel et Trans », auquel on ajoute Queer en anglais, soit LGBTQ.

[6] Les ultra-orthodoxes représentent 10% des Juifs. Habillés de noir, à la mode du shtetl (quartiers juifs dans les villes d’Europe centrale au XIXe siècle.

[7] Grâce à la loi du retour, les Juifs du monde peuvent venir s’installer en Israël.

[8] Repris dans Libération, 10 novembre 2006.

[9] idem

[10] idem

[11] http://www.france24.com/fr/20090802-Israel-morts-balles-blesses-club-gay-tel-aviv-homosexuel-ministere-securite-interieure

[12] Pourtant séfarade

[13] Ce qui n’est pas difficile vu le style tout à fait différent des saunas et hammams plus « classiques » dans le monde arabe.

[14] A l’échelle de la Démence à Bruxelles par exemple qui attire les gays de toute l’Europe et les meilleurs DJ’s du moment.

[15] Association des Gay, Lesbiennes, Bisexuels et Transgenres d’Israël.

[16] Qui avait été fermé en 2007 pour le motif, vrai ou non, de tapage nocturne.

lundi 10 mai 2010

RONY BRAUMAN A L'ULB A BRUXELLES MERCREDI 12 MAI A 20H

Une conférence de

Rony BRAUMAN

à l'occasion de la publication de son ouvrage:

Humanitaire, diplomatie
et droits de l'homme

Le mercredi 12 mai 2010 à 20 h.
Campus du Solbosch - Auditoire 2215

Rony Brauman, membre actif de Médecins Sans Frontières depuis plus de trente ans, est acteur et observateur de l’installation du discours humanitaire dans la sphère politique et les relations internationales. Partisan de l’ingérence sous sa forme pacifique à l’époque de la guerre froide, il en devient un critique constant lorsque celle-ci se transforme en justification d’invasions armées.

Au fil des articles et entretiens rassemblés dans cet ouvrage, de la santé aux droits de l’homme et de la « guerre juste » aux usages de la mémoire, une réflexion de praticien sur les enjeux et contraintes politiques de l’action et du discours humanitaires se dessine. Plutôt qu’asséner des principes ou réitérer des idéaux, Rony Brauman fait le choix de s’interroger sur les limites d’une forme d’action dans laquelle il reste engagé.

Juif né à Jérusalem en 1950, Rony Brauman, élevé dans "l'idéal sioniste", a par ailleurs de longue date exprimé ses doutes et ses interrogations sur le sionisme "mouvement de libération nationale et mouvement colonial à la fois", ce qui lui vaudra d'être qualifié de "traître" par Alexandre Adler. Il s'est également fortement opposé aux thèses développées notamment par Alain Finkielkraut tendant à assimiler toute opposition à la politique d'Israël à l'antisémitisme.

Ancien président de MSF dont il est aujourd’hui un conseiller, professeur associé à Sciences Po Paris, directeur du Humanitarian and Conflict Response Institute de l’université de Manchester, il s’est fait connaître par la liberté de sa réflexion sur la question humanitaire, les droits de l’homme et la politique.

PAF : 4€ / 2 €

jeudi 29 avril 2010

A PARAITRE PROCHAINEMENT "BELGIQUE, LABORATOIRE DE LA DESUNION EUROPENNE" par JP Stroobants, correspondant du Monde à Bruxelles, collection Reportages

La Belgique est-elle au bord de l’éclatement ? La scission de la Flandre et le

rattachement de la Wallonie à la France sont-ils inéluctables ? La question de

Bruxelles préserve-t-elle d’une disparition du royaume ? On a entendu tout et

son contraire sur la crise belge de ces trois dernières années.

Le petit royaume belge inquiète depuis longtemps, d’autant qu’il abrite symboliquement

les sièges de l’Union européenne et de l’OTAN. Et pourtant,malgré

la présence massive d’institutions internationales, malgré la valse des gouvernements

tentant de trouver une solution durable, on voit bien que le problème

belge ne trouve pas de solution. Parce que la question est à la fois ancienne et

récente. Ancienne, parce qu’on n’a de cesse de parler de la distanciation identitaire,

culturelle et politique qui s’est installée entre les Flamands et les Wallons

avec la transformation sociale et économique majeure du

XXe

siècle et le passage

d’une société industrielle à une société tertiarisée profitant dorénavant aux

Flamands. Récente, parce que le pays reste quoi qu’on en dise une construction

artificielle datée de 1830 qui devait être une zone tampon entre les grands

empires. Pourtant, qu’ont en commun des Flamands, des Wallons et des

Bruxellois à la jointure des civilisation latine, germanique et anglo-saxonne ?

Dans cet ouvrage, Jean-Pierre Stroobants, correspondant du

Monde

à

Bruxelles, retrace une dizaine d’années de déconstruction de ce petit pays au

bord de l’implosion, à deux pas de la France, et en plein c

oe

ur de l’Europe. Il

retrace à travers une série d’articles majeurs, la lente descente aux enfers d’un

État qui, s’il parvenait à sortir de l’ornière, pourrait être un formidable laboratoire

de l’Union européenne. En attendant, il reflète assez bien la désunion des

« 27 » qui se désintéressent bien de son sort. Y compris au Conseil européen qui

n’a jamais inscrit ce point à son ordre du jour.

Jean-Pierre STROOBANTS, né à Bruxelles en 1956, a intégré le bureau de Bruxelles

du

Monde

en 2001. Il est en charge aujourd’hui de l’actualité du Benelux, de l’Otan, et d’une

partie de l’actualité européenne.

PROCHAINE EXPOSITION "PALESTINISRAEL, VOYAGE EN PAYS INCONNU" A L'UPJB du 25 MAI AU 6 JUIN 2010, 61 RUE DE LA VICTOIRE, SAINT GILLES, BRUXELLES

NOUVEAU LIEU, NOUVEL ACCROCHAGE

L'exposition "Palestinisrael" suit sa route et sera installée l'espace de quelques jours chez l'Union des Progressistes Juifs de Belgique qui lui fait l'honneur de ses locaux. A deux pas du parvis de Saint-Gilles, une trentaine de photos visibles sur le site www.photospalestinisrael.blogspot.com seront présentées. Livre disponible également.

A bientôt, en espérant vous y voir.

ADRESSE:
UPJB, 61 rue de la Victoire, 1060 BRUXELLES/ BELGIQUE

dimanche 4 avril 2010

QUESTION D'ORIENT, le premier billet de Sébastien Boussois dans la revue MOYEN-ORIENT numéro 5, qui vient de paraître en kiosque

« Nous défendons les valeurs de justice, intégrité, moralité et humilité, responsabilité, (…), discipline et discrétion »[1]

Ces visions et valeurs traditionnelles figurent sur la page d’accueil du site Internet du Mossad. Mais on peut douter à ce jour de la pertinence d’une telle morale, aussi contestable, après la dernière opération éclaire menée par l’agence dans le Golfe.

En effet, l’affaire du Dubaïgate ces dernières semaines a remis à l’ordre du jour les méthodes employées par les services secrets en général, et par le Mossad en particulier. Il semble que l’amateurisme dont ait fait preuve « l’institut pour l’intelligence et les opérations spéciales » ait porté un coup à la stratégie de l’une des institutions phares de l’Etat hébreu. Déjà, l’image de l’armée s’est effritée depuis vingt ans[2] et une fois encore elle a montré ses limites lors des dernières opérations au Liban en 2006 et à Gaza en 2008. Voilà maintenant l’illustration supplémentaire que les armées conventionnelles tout comme les agences spéciales deviennent au mieux inefficaces face aux conflits d’aujourd’hui, au pire en contradiction flagrante avec le droit international.

Rappelons les faits : la dernière opération de liquidation d’un des chefs militaires du Hamas, Mahmoud Al-Mahbouh - Abou El-Abed de son nom de guerre - a fait l’effet d’une bombe à Dubaï dès le 19 janvier dernier[3]. Et ce pour deux raisons majeures. Tout d’abord parce que l’opération qui a visé celui qu’Israël considérait comme le principal fournisseur d’armes pour le Hamas à Gaza, s’est réalisée en territoire « étranger » et pose de nouveau l’éternelle question de l’ingérence d’un Etat dans les affaires d’un autre. En réalité, les images qui ont circulé en boucle dans le monde entier sur Internet et les télévisions mondiales[4] en montrant 11 des membres découverts du commando ont tourné en dérision une opération qui a pourtant été un succès. Mais il est vrai que l’on a du mal à prendre au sérieux un commando de tennismen qui aurait négligé l’existence de caméras dans l’hôtel qui deviendra le lieu du crime.

Si l’on ne doutait pas de la sportivité des membres du Mossad, on doute de la stratégie : le drame politique est ailleurs et c’est la seconde raison, à savoir l’utilisation de faux-vrais passeports de ressortissants étrangers, français, anglais, allemand et irlandais par les membres du Mossad, accusés par les dits-propriétaires d’usurpation d’identité. L’incident diplomatique s’est transformé immédiatement en crise internationale avec des Européens qui demandent des éclaircissements au gouvernement israélien, et l’émirat de Dubaï qui demande la démission du premier Ministre Benjamin Netanyahou qui aurait donné son accord à la mission du Mossad et surtout l’arrestation de son chef, Meir Dagan.

Le Mossad n’en est pas à son coup d’essai. Descendant du service de renseignement de la Hagana d’avant 1948 - la future armée israélienne Tsahal - il a opéré un certain de missions devenues célèbres depuis. C’est ainsi le Mossad qui retrouve en 1960 Adolf Eichmann en Argentine qui sera jugé ensuite à Jérusalem pour son implication dans l’extermination des Juifs pendant la seconde Guerre Mondiale. En 1969, c’est lui qui s’empare de sept vedettes qu’Israël a commandé à la France mais que De Gaulle en froid avec l’Etat hébreu refuse de livrer pour cause d’embargo depuis la guerre des Six jours en 1967. Puis d’opérations prestigieuses, la tactique de l’agence secrète va progressivement s’enraciner dans le terrorisme d’Etat par la multiplication des assassinats ciblés : Abu Jihad à Tunis, le bras droit d’Arafat en 1988, Ali Hassan Salameh, chef du groupe terroriste septembre noir[5] en 1979, Yahia Ayache, l’artificier du Hamas en 1996,etc. Israël n’a jamais reconnu ses assassinats. Pour autant, la tentative d’assassinat de Khaled Mechaal qui n’a trompé personne en Jordanie en 1997 a relancé la question de la légitimité de ses pratiques douteuses.

Une agence de renseignements, censée être la mieux informée de tout ce qui se passe dans sa société, peut-elle encore voir les choses venir à l’extérieur ? On se souvient que la CIA n’avait pas vu la chute du Shah arriver tout comme l’avènement de la révolution islamique en 1979. Le Mossad est désormais dans le collimateur de la communauté internationale pour son intervention hors-Israël. Meir Dagan sautera peut être comme en 1996 Shabtaï Shavith après l’échec de l’opération Mechaal. Mais après ? A priori rien car les services secrets bénéficient d’une quasi immunité diplomatique. Et les mystères continueront donc de rester pour beaucoup des mystères.




[1] http://www.mossad.gov.il/Eng/About/values.aspx

[2] Et la légitimité de l’opération « paix en Galilée » qui s’est transformée en invasion du Liban.

[3] Le chef de la police de Dubaï déclare très rapidement qu’il y a 99,9% de chances que le Mossad soit impliqué dans l’opération.

[4] Images reprises par Al-jazeera : http://www.youtube.com/watch?v=z7tuTrf4Nuc

[5] Responsable de l’assassinat des 5 sportifs israéliens aux Jeux Olympiques de Munich en 1972.

VIENT DE PARAITRE DANS LA REVUE MOYEN-ORIENT "Israël-Palestine, la paix pour quand?"

Extrait de l'article que vous pourrez retrouver dans le nouveau numéro

"L'histoire pour sortir de l'impasse historique? les Nouveaux historiens en Israël"


Pourquoi éprouver la nécessité de revenir irrémédiablement aux fondamentaux historiques qui ont permis l’établissement de l’État moderne israélien il y a de cela soixante ans ? Parce que la fin de l’occupation des Territoires palestiniens et le traitement de la question du retour des réfugiés, comme celle de la création de l’État palestinien sont sûrement les éléments préalables indispensables à une paix « juste et durable », fondée avant tout sur la reconnaissance de l’expulsion des Palestiniens en 1948, la Nakba[1], mais également des exactions commises contre les villageois, des expulsions de villages entiers[2], de l’effacement progressif de leur territoire national, du « politicide »[3] comme disait le sociologue israélien Baruch Kimmerling ?

Qui sont les nouveaux historiens ?

Une historiographie vieille de soixante ans existait déjà en Israël et dont l’objectif était en partie de légitimer le pouvoir initial en place[4]. Le courant des nouveaux historiens, bien connu aujourd’hui, s’est enraciné depuis la fin des années 1980 dans un contexte général de critique du « sionisme » en général, et de la politique israélienne en particulier. Les travaux de Boaz Evron, Simha Flapan, Benny Morris, Avi Shlaim, Ilan Pappé et Tom Segev[5], sur lesquels reviennent ces deux auteurs, et qui remettent à l’honneur l’histoire de l’Autre, du vaincu, le Palestinien mais aussi la « question palestinienne », ont marqué un tournant dans l’appréhension originelle de la guerre d’indépendance d’Israël de 1947 à 1949. Ils ont contribué à leur manière à fragiliser un peu plus le consensus autour du sionisme, entamé après la guerre des Six jours de 1967 et la contestation de la politique israélienne expansionniste qui a commencé dès lors à voir le jour à l’intérieur comme à l’extérieur du pays. Ce mécontentement s’est accentué pour une frange de la population après les échecs de l’opération de Tsahal au Liban en 1982[6], la gestion de l’Intifada en 1988 par le gouvernement israélien et l’armée, et le déni d’existence de la rue palestinienne. Parallèlement, la mouvance pacifiste rassemblée autour de Shalom Akshav créée en 1978 progressera rapidement[7], soucieuse de dialogue et de paix entre les deux parties, et ce notamment jusqu’aux négociations qui aboutiront aux Accords d’Oslo en 1993.

Quelles sont les principales révélations des nouveaux historiens dans leurs travaux ? L’année 1948 marque la création de l’État juif, mais aussi la disparition de la Palestine arabe.



[1] « La catastrophe » en arabe.

[2] L’exemple le plus célèbre est celui de Deir Yassin le 9 avril 1948.

[3] Baruch Kimmerling, Politicide, les guerres d’Ariel Sharon contre les Palestiniens, trad. de l’anglais par Arnaud Regnault de la Soudière, Paris, Agnès Vienot Éditions, Coll. « Moisson Rouge », 2003.

[4] Citons Shabtaï Teveth, Ben Gurion and the Palestinian Arabs, From Peace to War, Oxford, Oxford University Press, 1985; Avraham Sela, The Decline of the Arab Israeli Conflict : Middle East Politics and the Quest for Regional Order, New York, State University of New York, 1998. Itamar Rabinovich, Waging Peace Israel and the Arabs 1948-2003, Princeton (N.J.), Princeton University Press, 2008.

[5] Lire à ce sujet Benny Morris, The Birth of the Palestinian Refugee Problem, 1947-1949, Cambridge/New York/Melbourne, Cambridge University Press, 1988 ; 1948 and After. Israël and the Palestinians, Oxford, Clarendon Press, 1990 ; Victimes, histoire revisitée du conflit arabo-sioniste, trad. de l’anglais par Agnès Dufour et Jean-Michel Goffinet, Bruxelles, Complexe, 2003 ; Tom Segev, 1949-Les premiers Israéliens, trad. de l'anglais par Sabine Porte, Paris, Calmann-Lévy, 1998; Le septième million, trad. de l'anglais et de l'hébreu par Eglal Errera, Paris, Liana Levi, 1993 ; C’était en Palestine au temps des coquelicots, , trad. de l'hébreu par Katherine Werchowski, Paris, Liana Levi, 2000 ; 1967: Six jours qui ont changé le monde, trad. de l'hébreu par K. Werchowski, Paris, Denoël, 2007; Simha Flapan, The Birth of Israel : Myths and Realities, New York, Pantheon Books, 1987.; Avi Shlaim, Collusion Across the Jordan. King Abdullah, the Zionist Movement and the Partition of Palestine, Oxford, Clarendon Press, 1988; Le mur de fer. Israël et le monde arabe, trad. de l'anglais par Odile Demange, Paris, Buchet-Chastel, 2008 ; Ilan Pappé, Britain and the Arab-Israeli Conflict, 1948-1951, New York, Mac Millan, 1988 ; The Making of the Arab-Israeli Conflict, 1947-1951, Londres/New York, I. B. Tauris, 1992; Le nettoyage ethnique de la Palestine, trad. de l’anglais par Paul Chemla, Paris, Fayard, 2008.

[6] Opération Paix en Galilée.

[7] Shalom Akhshav, « la Paix Maintenant », est le plus important des mouvements, il naît en 1978 autour de 348 réservistes de l’armée et au plus fort de son succès en 1995, ,il attirera près d’un million de sympathisants à Tel- Aviv après l’assassinat du Premier ministre Itzhak Rabin.

"ETRE GAY EN ISRAEL" (1) DANS MINORITES 29

Minorités : La Revue 29 : quelques mots

La Revue 29 : quelques mots par son rédacteur en chef Didier Lestrade
Eeeeeek! Je suis en retard pour écrire le commentaire de cette Revue 29 qu'on a pourtant beaucoup aimée chez nous, avec des textes controversés et contestataires comme on en rafole. Après un billet du 10 janvier dernier que j'avais adoré, je me demandais ce que Nicolas Johan LePort Letexier allait nous proposer. "Les bâtards de la République" est une petite merveille, consise et to the point, sur les difficultés de notre joli pays avec le concept du métissage. A force d'en parler et de louer ses mérites, on oublie que ça n'existe pas en France lol.

Sébastien Boussois s'est engagé à nous rédiger un feuilleton en quatre parties sur "Etre gay en Israël". Cela nous changera de notre tendance à publier des textes à charge sur l'occupation des territoires, la politique d'apartheid et la création de nouveaux logements dans Jérusalem Est. Sébastien est un spécialiste du sujet et on vous encourage à lire son blog, ou de sauter sur un de ses livres.

VIENT DE SORTIR: CONFLUENCES MEDITERRANEE "LA PALESTINE EN DEBAT 1945-2010

http://www.confluences-mediterranee.com/spip.php?rubrique270

Maxime Rodinson (1915-2004) disparaît à la fin de la seconde Intifada et n’a donc pas connu cette période actuelle d’impasse totale des relations entre Israéliens et Palestiniens dans laquelle nous nous trouvons en 2009. En aurait-il été surpris pour autant ? Non, car la sagesse et le recul tout comme un certain pessimisme avaient gagné cet homme à la fin de ces jours. Connu comme l’un des premiers intellectuels français défenseurs de la « cause » palestinienne, il est reconnu surtout comme l’un des plus éminents spécialistes mondiaux du monde arabe et de l’islam. Intellectuel total, linguiste, anthropologue, sociologue et historien, il passe par les Langues O avant de s’échapper au Proche-Orient grâce à une allocation de recherche du futur CNRS. En 1940, il part respectivement pour Saïda, Beyrouth, Damas où il sera à la suite professeur, rédacteur puis bibliothécaire entre 1940 et 1947. Il revient en France à 32 ans d’une expérience de vie unique. Un temps au Parti communiste français dans lequel il a baigné toute son enfance et son adolescence, il s’en éloigne en 1958 tout en restant profondément attaché aux idéaux marxisants toute sa vie.

Ses premiers succès scientifiques, il les doit à la parution de son ouvrage Mahomet en 1961, rapidement considéré comme un classique même chez les intellectuels arabes. Sept ans après la fondation de l’Union Générale des Etudiants palestiniens en 1959, Maxime Rodinson se rend au premier meeting organisé sur la question palestinienne en France en 1966 mais également à plusieurs meetings de l’Union des Etudiants Juifs de France. Il y est à chaque fois chaleureusement accueilli car respecté pour ses premiers écrits sur les arabes et l’islam mais parce que de surcroît, il est juif et ce n’est pas un détail.

La révélation majeure de son art aux yeux du public sensible à la question israélo-palestinienne, il la doit à la publication de son article de plus de soixante dix pages « Israël fait colonial ? » figurant en guise d’introduction d’un numéro exceptionnel de la Revue des Temps modernes en mai 1967 intitulé « Le Conflit israélo-arabe ». Jean-Paul Sartre revenait d’Egypte où il venait de rencontrer Nasser en 1966. Naturellement, il avait de la sympathie pour Israël car c’était le pays des « rescapés ». La gauche française avait une tradition philosémite[1] et dans le même temps, Sartre défendait l’Algérie libre, critiquait les Américains au Vietnam et tous les régimes impérialistes. La revue notamment dirigée par Jean-Paul Sartre et Claude Lanzmann ambitionnait de présenter, de manière équilibrée, un certain nombre de contributions plutôt favorables à Israël et les autres favorables aux Palestiniens. L’année 1967 est une année phare pour la question et elle va marquer un bouleversement. A la parution du numéro, nous sommes à quelques jours de la Guerre éclair des Six jours menée par Israël et dans l’intelligentsia française, il faut bien dire que jusque là, le milieu est encore empreint d’Auschwitz et bon nombre d’intellectuels s’assoupissent autour des récits des rescapés plus que des Israéliens sur place qu’ils soutiennent fermement à gauche comme à droite. D’ailleurs le 25 mai 1967, une partie des intellectuels de gauche dont Sartre, Beauvoir, Vidal-Naquet, ont publié un document favorable à Israël tout en soutenant l’amitié avec les Arabes. Maxime Rodinson de son côté crée rapidement avec François Châtelet et Jacques Berque le GRAP, le Groupe de Recherche et d’Action pour la Palestine. Jusque là, le combat pro-palestinien était surtout par les cercles gauchistes, communistes et trotskystes. Il s’enracine désormais dans le milieu intellectuel.

Presque de manière symétrique, la Guerre des Six Jours déclenche en France une explosion de sympathie israélophile d’un côté et de l’autre une remise en cause violente de la politique israélienne, en raison de l’occupation de Jérusalem, de la Cisjordanie, de Gaza, du Sinaï et du Golan. Elle émane de la gauche mais aussi de certains gaullistes. A commencer par le premier d’entre eux. La conférence de De Gaulle le 27 novembre 1967 va changer la donne puisque si, côté pro-palestinien et proarabe on se souvient surtout de ses propos qualifiant les Israéliens comme « ce peuple d’élite fier de lui et dominateur », on en oublie souvent la nuance et un aspect essentiel que nous rappelle Théo Klein dans son dernier livre : « De Gaulle dit et confirme ce qu’il avait dit aux autorités israéliennes : si on vous attaque, ripostez. Mais sinon, n’attaquez pas. « SI Israël est attaqué, nous vous soutiendrons. Si Israël attaque, nous vous critiquerons ».

La politique française devient dès lors plus équilibrée et la critique israélienne donne naissance en accéléré à l’éveil d’une conscience forte de soutien à la cause palestinienne. Mais ce n’est pas un combat facile et Rodinson va régulièrement en faire les frais. Farouk Mardam Bey, ancien directeur de la Revue d’Etudes palestinienne témoigne de cette époque : « Il y a eu dans les années 1970, dans beaucoup d’ouvrages, un certain nombre de pamphlets contre des intellectuels qui défendaient les Palestiniens et qu’on qualifiait pour simplifier de « pro-arabes ». Le plus vilipendé a été Maxime Rodinson. Il a été le Juif le plus attaqué par les sionistes en France. On trouve des textes vraiment infects. » Pourtant, Rodinson avait sa judéité comme force et une place particulière au carrefour des cultures juive et musulmane. Mardam Bey poursuit : « Nous savions que l’opinion soutenait encore massivement Israël et qu’il y avait une certaine antipathie à l'égard des Arabes. A l’époque, je me souviens d’un sondage très intéressant lors des premiers jours de la guerre des Six jours : 2% des Français seulement avaient de la sympathie pour les pays arabes, 58% pour Israël. Et 40% ne savaient pas, n’aimaient pas les deux, ou les deux. Cela a complètement changé aujourd’hui ».

A la lumière de ce contexte politique de l’époque posé, que disait Rodinson de si fameux dans son article des Temps Modernes ? Rodinson pose le débat : « Dans la controverse idéologique qui, à l’accoutumée, accompagne, double, amplifie, orchestre la guerre froide, chaude ou tiède selon les époques entre les Arabes et le yishouv juif palestinien devenu l’Etat d’Israël, le thème du colonialisme judéo-israélien joue un, rôle central ». Puis l’auteur reprend un à un les arguments des uns et des autres, Nasser, Ben Barka et Aaron David Gordon notamment comme des Juifs ou des Arabes en général. Il tente alors de prendre du recul pour tenter d’éclaircir le débat avec force de ses propres arguments. « Il n y a pas de colonialisme et d’impérialisme en soi. Il y a une série de phénomènes sociaux montrant entre eux de multiples analogies ». Pour être plus précis, il dresse ensuite l’historique du mouvement sioniste, des manifestes pour l’émancipation aux textes de l’organisation socialiste et nationaliste. Il cite jusqu’aux propos chocs de certains universitaires qui penchent pour la logique expansionniste et colonialiste de fait et affichent clairement leur parti pris : « Un Etat juif peut être obtenu, si jamais il l’est, que par la guerre » affirmait en 1947 Judah L. Magnes, président de l’Université hébraïque de Jérusalem. Puis à l’égard des Arabes : « A-t-on jamais vu un peuple donnant son territoire de sa propre volonté ? »[2]. Maxime Rodinson revient sur le premier conflit israélo-arabe tentant de départager les responsabilités des Juifs et des Arabes dans l’échec de la création de l’Etat palestinien mort-né et le maintien des discriminations à l’égard des Arabes restés dans les frontières de l’Etat israélien bien-né. Rodinson conclue avec courage de la sorte : « Je crois avoir démontré dans les lignes qui précèdent que la formation de l’Etat d’Israël sur la terre palestinienne est l’aboutissement d’un processus qui s’insère parfaitement dans le grand mouvement d’expansion européano-américain des XIXè et XXè siècle pour peupler ou dominer économiquement et politiquement les autres terres. (…) Il est bien évident qu’il s’agit d’un processus colonial qui présente des caractères particuliers – comme beaucoup d’autres d’ailleurs. » Comme beaucoup d’autres aussi.

Certains l’ont accusé d’être antisémite, d’autres d’être un traître à la cause. Arguments banalisés aujourd’hui mais qui revêtent une violence inouïe encore à l’époque. Peut être aura-t-il été le juif le plus vilipendé de France. En tout cas, son fils témoigne de la violence des attaques: « Je me souviens de cet article du journal pro-israélien La Terre retrouvée qui s’intitulait « Rodinson, le plus grand antisémite de France », mais aussi de cette lettre anonyme reçue à la maison et qui portait sur l’adresse, au crayon rouge : « M. Maxime Rodinson, juif renégat ». On alla encore plus loin : « Mon père résista à toute cette pression, quoi que ces insultes aient pu coûter personnellement à quelqu’un dont les parents – nos grands-parents – étaient morts à Auschwitz. Il avait ses convictions et elles ne découlaient aucunement d’une hostilité aux Juifs ou d’un amour pour les Arabes. » Et il poursuit : « Apprécier plus ou moins tel peuple plutôt que tel autre, juger les hommes en fonction de leur appartenance nationale ou ethnique, voilà un sentiment qui était totalement étranger à un universaliste comme lui. Ses convictions découlaient de l’analyse, des faits dûment vérifiés et tout simplement de la raison, pour laquelle ses origines juives ne devaient en aucune façon influer sur son jugement, ni dans un sens ni dans l’autre. A une époque qui devait être dominée, de plus en plus, par ce qu’il a appelé dans un article « la peste communautaire », et où le bon sens commun voudrait que chacun juge, indépendamment de tout le reste, en donnant raison à la supposée « communauté » dont il est issu, cela en dérangeait plus d’un. »[3]

Mais Rodinson est entouré dans son combat pour la reconnaissance des droits des Palestiniens et notamment par nombre d’intellectuels arabes français. Parmi eux Samir Amin qui se souvient encore de cette période trouble dans le débat public : « En 1968, il y avait des comités pour la Palestine un peu partout. Ses documents étaient des outils utilisés par tous. Sans lui, nous aurions été démunis. La condamnation du sionisme chez Rodinson est totale et ne faiblira pas sa vie durant »

Bibliographie

Mahomet, Club Français du livre, Seuil («Politique»), Paris, 1961.

Islam et capitalisme, Seuil, Paris, 1966.

«Israël, fait colonial?», in Les Temps Modernes, Le Conflit israélo-arabe, n° 253 bis : 17-88, éditions de minuit, Paris, 1967.

Israël et le refus arabe, 75 ans d’histoire, « L’Histoire immédiate », Paris, Seuil, 1968.

Marxisme et monde musulman, Seuil, Paris, 1972.

Les Palestiniens et la crise israélo-arabe, avec la collaboration de Jacques Berque, Jacques Couland, Louis-Jean Duclos et Jacqueline Hadamard, Textes et documents du Groupe de recherches et d’action pour le règlement du problème palestinien (GRAPP), 1967-1973. Paris, Éditions sociales, Paris, 1974.

Les Arabes, PUF, Paris, 1979.

La Fascination de l’islam, Maspero,« Petite collection », Paris, 1980.

Peuple juif ou problème juif ? Maspero, « Petite collection », Maspero, Paris, 1981.

L’islam : politique et croyance, Fayard, Paris, 1993.

Souvenirs d’un marginal (posthume), Fayard, Paris, 2005.




[1] Attitude bienveillante à l’égard des Juifs

[2] Martin Buber, Judah-L Magnes,” the Bi-national Approach to Zionism, dans Towards Union in Palestine”, Essay on Zionism and Jewish –Arab Cooperation , Ihud Association, Jérusalem, 1947.

[3] Extrait de la préface de « Maxime Rodinson, un intellectuel du XXè siècle », par Michel Rodinson, Riveneuve éditions, Paris, 2008.

MAXIME RODINSON UN INTELLECTUEL DU XX è SIECLE, recensé dans Confluences Méditerranée

http://www.confluences-mediterranee.com/spip.php?article2839

PALESTINISRAEL, recensé sur Médiapart.fr

http://www.mediapart.fr/journal/international/271209/palestinisrael-ce-pays-inconnu