"L'histoire pour sortir de l'impasse historique? les Nouveaux historiens en Israël"
Pourquoi éprouver la nécessité de revenir irrémédiablement aux fondamentaux historiques qui ont permis l’établissement de l’État moderne israélien il y a de cela soixante ans ? Parce que la fin de l’occupation des Territoires palestiniens et le traitement de la question du retour des réfugiés, comme celle de la création de l’État palestinien sont sûrement les éléments préalables indispensables à une paix « juste et durable », fondée avant tout sur la reconnaissance de l’expulsion des Palestiniens en 1948, la Nakba[1], mais également des exactions commises contre les villageois, des expulsions de villages entiers[2], de l’effacement progressif de leur territoire national, du « politicide »[3] comme disait le sociologue israélien Baruch Kimmerling ?
Qui sont les nouveaux historiens ?
Une historiographie vieille de soixante ans existait déjà en Israël et dont l’objectif était en partie de légitimer le pouvoir initial en place[4]. Le courant des nouveaux historiens, bien connu aujourd’hui, s’est enraciné depuis la fin des années 1980 dans un contexte général de critique du « sionisme » en général, et de la politique israélienne en particulier. Les travaux de Boaz Evron, Simha Flapan, Benny Morris, Avi Shlaim, Ilan Pappé et Tom Segev[5], sur lesquels reviennent ces deux auteurs, et qui remettent à l’honneur l’histoire de l’Autre, du vaincu, le Palestinien mais aussi la « question palestinienne », ont marqué un tournant dans l’appréhension originelle de la guerre d’indépendance d’Israël de 1947 à 1949. Ils ont contribué à leur manière à fragiliser un peu plus le consensus autour du sionisme, entamé après la guerre des Six jours de 1967 et la contestation de la politique israélienne expansionniste qui a commencé dès lors à voir le jour à l’intérieur comme à l’extérieur du pays. Ce mécontentement s’est accentué pour une frange de la population après les échecs de l’opération de Tsahal au Liban en 1982[6], la gestion de l’Intifada en 1988 par le gouvernement israélien et l’armée, et le déni d’existence de la rue palestinienne. Parallèlement, la mouvance pacifiste rassemblée autour de Shalom Akshav créée en 1978 progressera rapidement[7], soucieuse de dialogue et de paix entre les deux parties, et ce notamment jusqu’aux négociations qui aboutiront aux Accords d’Oslo en 1993.
[1] « La catastrophe » en arabe.
[2] L’exemple le plus célèbre est celui de Deir Yassin le 9 avril 1948.
[3] Baruch Kimmerling, Politicide, les guerres d’Ariel Sharon contre les Palestiniens, trad. de l’anglais par Arnaud Regnault de la Soudière, Paris, Agnès Vienot Éditions, Coll. « Moisson Rouge », 2003.
[4] Citons Shabtaï Teveth, Ben Gurion and the Palestinian Arabs, From Peace to War, Oxford, Oxford University Press, 1985; Avraham Sela, The Decline of the Arab Israeli Conflict : Middle East Politics and the Quest for Regional Order, New York, State University of New York, 1998. Itamar Rabinovich, Waging Peace Israel and the Arabs 1948-2003, Princeton (N.J.), Princeton University Press, 2008.
[5] Lire à ce sujet Benny Morris, The Birth of the Palestinian Refugee Problem, 1947-1949, Cambridge/New York/Melbourne, Cambridge University Press, 1988 ; 1948 and After. Israël and the Palestinians, Oxford, Clarendon Press, 1990 ; Victimes, histoire revisitée du conflit arabo-sioniste, trad. de l’anglais par Agnès Dufour et Jean-Michel Goffinet, Bruxelles, Complexe, 2003 ; Tom Segev, 1949-Les premiers Israéliens, trad. de l'anglais par Sabine Porte, Paris, Calmann-Lévy, 1998; Le septième million, trad. de l'anglais et de l'hébreu par Eglal Errera, Paris, Liana Levi, 1993 ; C’était en Palestine au temps des coquelicots, , trad. de l'hébreu par Katherine Werchowski, Paris, Liana Levi, 2000 ; 1967: Six jours qui ont changé le monde, trad. de l'hébreu par K. Werchowski, Paris, Denoël, 2007; Simha Flapan, The Birth of Israel : Myths and Realities, New York, Pantheon Books, 1987.; Avi Shlaim, Collusion Across the Jordan. King Abdullah, the Zionist Movement and the Partition of Palestine,
[6] Opération Paix en Galilée.
[7] Shalom Akhshav, « la Paix Maintenant », est le plus important des mouvements, il naît en 1978 autour de 348 réservistes de l’armée et au plus fort de son succès en 1995, ,il attirera près d’un million de sympathisants à Tel- Aviv après l’assassinat du Premier ministre Itzhak Rabin.
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