« Nous défendons les valeurs de justice, intégrité, moralité et humilité, responsabilité, (…), discipline et discrétion »[1]
Ces visions et valeurs traditionnelles figurent sur la page d’accueil du site Internet du Mossad. Mais on peut douter à ce jour de la pertinence d’une telle morale, aussi contestable, après la dernière opération éclaire menée par l’agence dans le Golfe.
En effet, l’affaire du Dubaïgate ces dernières semaines a remis à l’ordre du jour les méthodes employées par les services secrets en général, et par le Mossad en particulier. Il semble que l’amateurisme dont ait fait preuve « l’institut pour l’intelligence et les opérations spéciales » ait porté un coup à la stratégie de l’une des institutions phares de l’Etat hébreu. Déjà, l’image de l’armée s’est effritée depuis vingt ans[2] et une fois encore elle a montré ses limites lors des dernières opérations au Liban en 2006 et à Gaza en 2008. Voilà maintenant l’illustration supplémentaire que les armées conventionnelles tout comme les agences spéciales deviennent au mieux inefficaces face aux conflits d’aujourd’hui, au pire en contradiction flagrante avec le droit international.
Rappelons les faits : la dernière opération de liquidation d’un des chefs militaires du Hamas, Mahmoud Al-Mahbouh - Abou El-Abed de son nom de guerre - a fait l’effet d’une bombe à Dubaï dès le 19 janvier dernier[3]. Et ce pour deux raisons majeures. Tout d’abord parce que l’opération qui a visé celui qu’Israël considérait comme le principal fournisseur d’armes pour le Hamas à Gaza, s’est réalisée en territoire « étranger » et pose de nouveau l’éternelle question de l’ingérence d’un Etat dans les affaires d’un autre. En réalité, les images qui ont circulé en boucle dans le monde entier sur Internet et les télévisions mondiales[4] en montrant 11 des membres découverts du commando ont tourné en dérision une opération qui a pourtant été un succès. Mais il est vrai que l’on a du mal à prendre au sérieux un commando de tennismen qui aurait négligé l’existence de caméras dans l’hôtel qui deviendra le lieu du crime.
Si l’on ne doutait pas de la sportivité des membres du Mossad, on doute de la stratégie : le drame politique est ailleurs et c’est la seconde raison, à savoir l’utilisation de faux-vrais passeports de ressortissants étrangers, français, anglais, allemand et irlandais par les membres du Mossad, accusés par les dits-propriétaires d’usurpation d’identité. L’incident diplomatique s’est transformé immédiatement en crise internationale avec des Européens qui demandent des éclaircissements au gouvernement israélien, et l’émirat de Dubaï qui demande la démission du premier Ministre Benjamin Netanyahou qui aurait donné son accord à la mission du Mossad et surtout l’arrestation de son chef, Meir Dagan.
Le Mossad n’en est pas à son coup d’essai. Descendant du service de renseignement de la Hagana d’avant 1948 - la future armée israélienne Tsahal - il a opéré un certain de missions devenues célèbres depuis. C’est ainsi le Mossad qui retrouve en 1960 Adolf Eichmann en Argentine qui sera jugé ensuite à Jérusalem pour son implication dans l’extermination des Juifs pendant la seconde Guerre Mondiale. En 1969, c’est lui qui s’empare de sept vedettes qu’Israël a commandé à la France mais que De Gaulle en froid avec l’Etat hébreu refuse de livrer pour cause d’embargo depuis la guerre des Six jours en 1967. Puis d’opérations prestigieuses, la tactique de l’agence secrète va progressivement s’enraciner dans le terrorisme d’Etat par la multiplication des assassinats ciblés : Abu Jihad à Tunis, le bras droit d’Arafat en 1988, Ali Hassan Salameh, chef du groupe terroriste septembre noir[5] en 1979, Yahia Ayache, l’artificier du Hamas en 1996,etc. Israël n’a jamais reconnu ses assassinats. Pour autant, la tentative d’assassinat de Khaled Mechaal qui n’a trompé personne en Jordanie en 1997 a relancé la question de la légitimité de ses pratiques douteuses.
Une agence de renseignements, censée être la mieux informée de tout ce qui se passe dans sa société, peut-elle encore voir les choses venir à l’extérieur ? On se souvient que la CIA n’avait pas vu la chute du Shah arriver tout comme l’avènement de la révolution islamique en 1979. Le Mossad est désormais dans le collimateur de la communauté internationale pour son intervention hors-Israël. Meir Dagan sautera peut être comme en 1996 Shabtaï Shavith après l’échec de l’opération Mechaal. Mais après ? A priori rien car les services secrets bénéficient d’une quasi immunité diplomatique. Et les mystères continueront donc de rester pour beaucoup des mystères.
[1] http://www.mossad.gov.il/Eng/About/values.aspx
[2] Et la légitimité de l’opération « paix en Galilée » qui s’est transformée en invasion du Liban.
[3] Le chef de la police de Dubaï déclare très rapidement qu’il y a 99,9% de chances que le Mossad soit impliqué dans l’opération.
[4] Images reprises par Al-jazeera : http://www.youtube.com/watch?v=z7tuTrf4Nuc
[5] Responsable de l’assassinat des 5 sportifs israéliens aux Jeux Olympiques de Munich en 1972.
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