jeudi 29 avril 2010

PROCHAINE EXPOSITION "PALESTINISRAEL, VOYAGE EN PAYS INCONNU" A L'UPJB du 25 MAI AU 6 JUIN 2010, 61 RUE DE LA VICTOIRE, SAINT GILLES, BRUXELLES

NOUVEAU LIEU, NOUVEL ACCROCHAGE

L'exposition "Palestinisrael" suit sa route et sera installée l'espace de quelques jours chez l'Union des Progressistes Juifs de Belgique qui lui fait l'honneur de ses locaux. A deux pas du parvis de Saint-Gilles, une trentaine de photos visibles sur le site www.photospalestinisrael.blogspot.com seront présentées. Livre disponible également.

A bientôt, en espérant vous y voir.

ADRESSE:
UPJB, 61 rue de la Victoire, 1060 BRUXELLES/ BELGIQUE

dimanche 4 avril 2010

QUESTION D'ORIENT, le premier billet de Sébastien Boussois dans la revue MOYEN-ORIENT numéro 5, qui vient de paraître en kiosque

« Nous défendons les valeurs de justice, intégrité, moralité et humilité, responsabilité, (…), discipline et discrétion »[1]

Ces visions et valeurs traditionnelles figurent sur la page d’accueil du site Internet du Mossad. Mais on peut douter à ce jour de la pertinence d’une telle morale, aussi contestable, après la dernière opération éclaire menée par l’agence dans le Golfe.

En effet, l’affaire du Dubaïgate ces dernières semaines a remis à l’ordre du jour les méthodes employées par les services secrets en général, et par le Mossad en particulier. Il semble que l’amateurisme dont ait fait preuve « l’institut pour l’intelligence et les opérations spéciales » ait porté un coup à la stratégie de l’une des institutions phares de l’Etat hébreu. Déjà, l’image de l’armée s’est effritée depuis vingt ans[2] et une fois encore elle a montré ses limites lors des dernières opérations au Liban en 2006 et à Gaza en 2008. Voilà maintenant l’illustration supplémentaire que les armées conventionnelles tout comme les agences spéciales deviennent au mieux inefficaces face aux conflits d’aujourd’hui, au pire en contradiction flagrante avec le droit international.

Rappelons les faits : la dernière opération de liquidation d’un des chefs militaires du Hamas, Mahmoud Al-Mahbouh - Abou El-Abed de son nom de guerre - a fait l’effet d’une bombe à Dubaï dès le 19 janvier dernier[3]. Et ce pour deux raisons majeures. Tout d’abord parce que l’opération qui a visé celui qu’Israël considérait comme le principal fournisseur d’armes pour le Hamas à Gaza, s’est réalisée en territoire « étranger » et pose de nouveau l’éternelle question de l’ingérence d’un Etat dans les affaires d’un autre. En réalité, les images qui ont circulé en boucle dans le monde entier sur Internet et les télévisions mondiales[4] en montrant 11 des membres découverts du commando ont tourné en dérision une opération qui a pourtant été un succès. Mais il est vrai que l’on a du mal à prendre au sérieux un commando de tennismen qui aurait négligé l’existence de caméras dans l’hôtel qui deviendra le lieu du crime.

Si l’on ne doutait pas de la sportivité des membres du Mossad, on doute de la stratégie : le drame politique est ailleurs et c’est la seconde raison, à savoir l’utilisation de faux-vrais passeports de ressortissants étrangers, français, anglais, allemand et irlandais par les membres du Mossad, accusés par les dits-propriétaires d’usurpation d’identité. L’incident diplomatique s’est transformé immédiatement en crise internationale avec des Européens qui demandent des éclaircissements au gouvernement israélien, et l’émirat de Dubaï qui demande la démission du premier Ministre Benjamin Netanyahou qui aurait donné son accord à la mission du Mossad et surtout l’arrestation de son chef, Meir Dagan.

Le Mossad n’en est pas à son coup d’essai. Descendant du service de renseignement de la Hagana d’avant 1948 - la future armée israélienne Tsahal - il a opéré un certain de missions devenues célèbres depuis. C’est ainsi le Mossad qui retrouve en 1960 Adolf Eichmann en Argentine qui sera jugé ensuite à Jérusalem pour son implication dans l’extermination des Juifs pendant la seconde Guerre Mondiale. En 1969, c’est lui qui s’empare de sept vedettes qu’Israël a commandé à la France mais que De Gaulle en froid avec l’Etat hébreu refuse de livrer pour cause d’embargo depuis la guerre des Six jours en 1967. Puis d’opérations prestigieuses, la tactique de l’agence secrète va progressivement s’enraciner dans le terrorisme d’Etat par la multiplication des assassinats ciblés : Abu Jihad à Tunis, le bras droit d’Arafat en 1988, Ali Hassan Salameh, chef du groupe terroriste septembre noir[5] en 1979, Yahia Ayache, l’artificier du Hamas en 1996,etc. Israël n’a jamais reconnu ses assassinats. Pour autant, la tentative d’assassinat de Khaled Mechaal qui n’a trompé personne en Jordanie en 1997 a relancé la question de la légitimité de ses pratiques douteuses.

Une agence de renseignements, censée être la mieux informée de tout ce qui se passe dans sa société, peut-elle encore voir les choses venir à l’extérieur ? On se souvient que la CIA n’avait pas vu la chute du Shah arriver tout comme l’avènement de la révolution islamique en 1979. Le Mossad est désormais dans le collimateur de la communauté internationale pour son intervention hors-Israël. Meir Dagan sautera peut être comme en 1996 Shabtaï Shavith après l’échec de l’opération Mechaal. Mais après ? A priori rien car les services secrets bénéficient d’une quasi immunité diplomatique. Et les mystères continueront donc de rester pour beaucoup des mystères.




[1] http://www.mossad.gov.il/Eng/About/values.aspx

[2] Et la légitimité de l’opération « paix en Galilée » qui s’est transformée en invasion du Liban.

[3] Le chef de la police de Dubaï déclare très rapidement qu’il y a 99,9% de chances que le Mossad soit impliqué dans l’opération.

[4] Images reprises par Al-jazeera : http://www.youtube.com/watch?v=z7tuTrf4Nuc

[5] Responsable de l’assassinat des 5 sportifs israéliens aux Jeux Olympiques de Munich en 1972.

VIENT DE PARAITRE DANS LA REVUE MOYEN-ORIENT "Israël-Palestine, la paix pour quand?"

Extrait de l'article que vous pourrez retrouver dans le nouveau numéro

"L'histoire pour sortir de l'impasse historique? les Nouveaux historiens en Israël"


Pourquoi éprouver la nécessité de revenir irrémédiablement aux fondamentaux historiques qui ont permis l’établissement de l’État moderne israélien il y a de cela soixante ans ? Parce que la fin de l’occupation des Territoires palestiniens et le traitement de la question du retour des réfugiés, comme celle de la création de l’État palestinien sont sûrement les éléments préalables indispensables à une paix « juste et durable », fondée avant tout sur la reconnaissance de l’expulsion des Palestiniens en 1948, la Nakba[1], mais également des exactions commises contre les villageois, des expulsions de villages entiers[2], de l’effacement progressif de leur territoire national, du « politicide »[3] comme disait le sociologue israélien Baruch Kimmerling ?

Qui sont les nouveaux historiens ?

Une historiographie vieille de soixante ans existait déjà en Israël et dont l’objectif était en partie de légitimer le pouvoir initial en place[4]. Le courant des nouveaux historiens, bien connu aujourd’hui, s’est enraciné depuis la fin des années 1980 dans un contexte général de critique du « sionisme » en général, et de la politique israélienne en particulier. Les travaux de Boaz Evron, Simha Flapan, Benny Morris, Avi Shlaim, Ilan Pappé et Tom Segev[5], sur lesquels reviennent ces deux auteurs, et qui remettent à l’honneur l’histoire de l’Autre, du vaincu, le Palestinien mais aussi la « question palestinienne », ont marqué un tournant dans l’appréhension originelle de la guerre d’indépendance d’Israël de 1947 à 1949. Ils ont contribué à leur manière à fragiliser un peu plus le consensus autour du sionisme, entamé après la guerre des Six jours de 1967 et la contestation de la politique israélienne expansionniste qui a commencé dès lors à voir le jour à l’intérieur comme à l’extérieur du pays. Ce mécontentement s’est accentué pour une frange de la population après les échecs de l’opération de Tsahal au Liban en 1982[6], la gestion de l’Intifada en 1988 par le gouvernement israélien et l’armée, et le déni d’existence de la rue palestinienne. Parallèlement, la mouvance pacifiste rassemblée autour de Shalom Akshav créée en 1978 progressera rapidement[7], soucieuse de dialogue et de paix entre les deux parties, et ce notamment jusqu’aux négociations qui aboutiront aux Accords d’Oslo en 1993.

Quelles sont les principales révélations des nouveaux historiens dans leurs travaux ? L’année 1948 marque la création de l’État juif, mais aussi la disparition de la Palestine arabe.



[1] « La catastrophe » en arabe.

[2] L’exemple le plus célèbre est celui de Deir Yassin le 9 avril 1948.

[3] Baruch Kimmerling, Politicide, les guerres d’Ariel Sharon contre les Palestiniens, trad. de l’anglais par Arnaud Regnault de la Soudière, Paris, Agnès Vienot Éditions, Coll. « Moisson Rouge », 2003.

[4] Citons Shabtaï Teveth, Ben Gurion and the Palestinian Arabs, From Peace to War, Oxford, Oxford University Press, 1985; Avraham Sela, The Decline of the Arab Israeli Conflict : Middle East Politics and the Quest for Regional Order, New York, State University of New York, 1998. Itamar Rabinovich, Waging Peace Israel and the Arabs 1948-2003, Princeton (N.J.), Princeton University Press, 2008.

[5] Lire à ce sujet Benny Morris, The Birth of the Palestinian Refugee Problem, 1947-1949, Cambridge/New York/Melbourne, Cambridge University Press, 1988 ; 1948 and After. Israël and the Palestinians, Oxford, Clarendon Press, 1990 ; Victimes, histoire revisitée du conflit arabo-sioniste, trad. de l’anglais par Agnès Dufour et Jean-Michel Goffinet, Bruxelles, Complexe, 2003 ; Tom Segev, 1949-Les premiers Israéliens, trad. de l'anglais par Sabine Porte, Paris, Calmann-Lévy, 1998; Le septième million, trad. de l'anglais et de l'hébreu par Eglal Errera, Paris, Liana Levi, 1993 ; C’était en Palestine au temps des coquelicots, , trad. de l'hébreu par Katherine Werchowski, Paris, Liana Levi, 2000 ; 1967: Six jours qui ont changé le monde, trad. de l'hébreu par K. Werchowski, Paris, Denoël, 2007; Simha Flapan, The Birth of Israel : Myths and Realities, New York, Pantheon Books, 1987.; Avi Shlaim, Collusion Across the Jordan. King Abdullah, the Zionist Movement and the Partition of Palestine, Oxford, Clarendon Press, 1988; Le mur de fer. Israël et le monde arabe, trad. de l'anglais par Odile Demange, Paris, Buchet-Chastel, 2008 ; Ilan Pappé, Britain and the Arab-Israeli Conflict, 1948-1951, New York, Mac Millan, 1988 ; The Making of the Arab-Israeli Conflict, 1947-1951, Londres/New York, I. B. Tauris, 1992; Le nettoyage ethnique de la Palestine, trad. de l’anglais par Paul Chemla, Paris, Fayard, 2008.

[6] Opération Paix en Galilée.

[7] Shalom Akhshav, « la Paix Maintenant », est le plus important des mouvements, il naît en 1978 autour de 348 réservistes de l’armée et au plus fort de son succès en 1995, ,il attirera près d’un million de sympathisants à Tel- Aviv après l’assassinat du Premier ministre Itzhak Rabin.

"ETRE GAY EN ISRAEL" (1) DANS MINORITES 29

Minorités : La Revue 29 : quelques mots

La Revue 29 : quelques mots par son rédacteur en chef Didier Lestrade
Eeeeeek! Je suis en retard pour écrire le commentaire de cette Revue 29 qu'on a pourtant beaucoup aimée chez nous, avec des textes controversés et contestataires comme on en rafole. Après un billet du 10 janvier dernier que j'avais adoré, je me demandais ce que Nicolas Johan LePort Letexier allait nous proposer. "Les bâtards de la République" est une petite merveille, consise et to the point, sur les difficultés de notre joli pays avec le concept du métissage. A force d'en parler et de louer ses mérites, on oublie que ça n'existe pas en France lol.

Sébastien Boussois s'est engagé à nous rédiger un feuilleton en quatre parties sur "Etre gay en Israël". Cela nous changera de notre tendance à publier des textes à charge sur l'occupation des territoires, la politique d'apartheid et la création de nouveaux logements dans Jérusalem Est. Sébastien est un spécialiste du sujet et on vous encourage à lire son blog, ou de sauter sur un de ses livres.

VIENT DE SORTIR: CONFLUENCES MEDITERRANEE "LA PALESTINE EN DEBAT 1945-2010

http://www.confluences-mediterranee.com/spip.php?rubrique270

Maxime Rodinson (1915-2004) disparaît à la fin de la seconde Intifada et n’a donc pas connu cette période actuelle d’impasse totale des relations entre Israéliens et Palestiniens dans laquelle nous nous trouvons en 2009. En aurait-il été surpris pour autant ? Non, car la sagesse et le recul tout comme un certain pessimisme avaient gagné cet homme à la fin de ces jours. Connu comme l’un des premiers intellectuels français défenseurs de la « cause » palestinienne, il est reconnu surtout comme l’un des plus éminents spécialistes mondiaux du monde arabe et de l’islam. Intellectuel total, linguiste, anthropologue, sociologue et historien, il passe par les Langues O avant de s’échapper au Proche-Orient grâce à une allocation de recherche du futur CNRS. En 1940, il part respectivement pour Saïda, Beyrouth, Damas où il sera à la suite professeur, rédacteur puis bibliothécaire entre 1940 et 1947. Il revient en France à 32 ans d’une expérience de vie unique. Un temps au Parti communiste français dans lequel il a baigné toute son enfance et son adolescence, il s’en éloigne en 1958 tout en restant profondément attaché aux idéaux marxisants toute sa vie.

Ses premiers succès scientifiques, il les doit à la parution de son ouvrage Mahomet en 1961, rapidement considéré comme un classique même chez les intellectuels arabes. Sept ans après la fondation de l’Union Générale des Etudiants palestiniens en 1959, Maxime Rodinson se rend au premier meeting organisé sur la question palestinienne en France en 1966 mais également à plusieurs meetings de l’Union des Etudiants Juifs de France. Il y est à chaque fois chaleureusement accueilli car respecté pour ses premiers écrits sur les arabes et l’islam mais parce que de surcroît, il est juif et ce n’est pas un détail.

La révélation majeure de son art aux yeux du public sensible à la question israélo-palestinienne, il la doit à la publication de son article de plus de soixante dix pages « Israël fait colonial ? » figurant en guise d’introduction d’un numéro exceptionnel de la Revue des Temps modernes en mai 1967 intitulé « Le Conflit israélo-arabe ». Jean-Paul Sartre revenait d’Egypte où il venait de rencontrer Nasser en 1966. Naturellement, il avait de la sympathie pour Israël car c’était le pays des « rescapés ». La gauche française avait une tradition philosémite[1] et dans le même temps, Sartre défendait l’Algérie libre, critiquait les Américains au Vietnam et tous les régimes impérialistes. La revue notamment dirigée par Jean-Paul Sartre et Claude Lanzmann ambitionnait de présenter, de manière équilibrée, un certain nombre de contributions plutôt favorables à Israël et les autres favorables aux Palestiniens. L’année 1967 est une année phare pour la question et elle va marquer un bouleversement. A la parution du numéro, nous sommes à quelques jours de la Guerre éclair des Six jours menée par Israël et dans l’intelligentsia française, il faut bien dire que jusque là, le milieu est encore empreint d’Auschwitz et bon nombre d’intellectuels s’assoupissent autour des récits des rescapés plus que des Israéliens sur place qu’ils soutiennent fermement à gauche comme à droite. D’ailleurs le 25 mai 1967, une partie des intellectuels de gauche dont Sartre, Beauvoir, Vidal-Naquet, ont publié un document favorable à Israël tout en soutenant l’amitié avec les Arabes. Maxime Rodinson de son côté crée rapidement avec François Châtelet et Jacques Berque le GRAP, le Groupe de Recherche et d’Action pour la Palestine. Jusque là, le combat pro-palestinien était surtout par les cercles gauchistes, communistes et trotskystes. Il s’enracine désormais dans le milieu intellectuel.

Presque de manière symétrique, la Guerre des Six Jours déclenche en France une explosion de sympathie israélophile d’un côté et de l’autre une remise en cause violente de la politique israélienne, en raison de l’occupation de Jérusalem, de la Cisjordanie, de Gaza, du Sinaï et du Golan. Elle émane de la gauche mais aussi de certains gaullistes. A commencer par le premier d’entre eux. La conférence de De Gaulle le 27 novembre 1967 va changer la donne puisque si, côté pro-palestinien et proarabe on se souvient surtout de ses propos qualifiant les Israéliens comme « ce peuple d’élite fier de lui et dominateur », on en oublie souvent la nuance et un aspect essentiel que nous rappelle Théo Klein dans son dernier livre : « De Gaulle dit et confirme ce qu’il avait dit aux autorités israéliennes : si on vous attaque, ripostez. Mais sinon, n’attaquez pas. « SI Israël est attaqué, nous vous soutiendrons. Si Israël attaque, nous vous critiquerons ».

La politique française devient dès lors plus équilibrée et la critique israélienne donne naissance en accéléré à l’éveil d’une conscience forte de soutien à la cause palestinienne. Mais ce n’est pas un combat facile et Rodinson va régulièrement en faire les frais. Farouk Mardam Bey, ancien directeur de la Revue d’Etudes palestinienne témoigne de cette époque : « Il y a eu dans les années 1970, dans beaucoup d’ouvrages, un certain nombre de pamphlets contre des intellectuels qui défendaient les Palestiniens et qu’on qualifiait pour simplifier de « pro-arabes ». Le plus vilipendé a été Maxime Rodinson. Il a été le Juif le plus attaqué par les sionistes en France. On trouve des textes vraiment infects. » Pourtant, Rodinson avait sa judéité comme force et une place particulière au carrefour des cultures juive et musulmane. Mardam Bey poursuit : « Nous savions que l’opinion soutenait encore massivement Israël et qu’il y avait une certaine antipathie à l'égard des Arabes. A l’époque, je me souviens d’un sondage très intéressant lors des premiers jours de la guerre des Six jours : 2% des Français seulement avaient de la sympathie pour les pays arabes, 58% pour Israël. Et 40% ne savaient pas, n’aimaient pas les deux, ou les deux. Cela a complètement changé aujourd’hui ».

A la lumière de ce contexte politique de l’époque posé, que disait Rodinson de si fameux dans son article des Temps Modernes ? Rodinson pose le débat : « Dans la controverse idéologique qui, à l’accoutumée, accompagne, double, amplifie, orchestre la guerre froide, chaude ou tiède selon les époques entre les Arabes et le yishouv juif palestinien devenu l’Etat d’Israël, le thème du colonialisme judéo-israélien joue un, rôle central ». Puis l’auteur reprend un à un les arguments des uns et des autres, Nasser, Ben Barka et Aaron David Gordon notamment comme des Juifs ou des Arabes en général. Il tente alors de prendre du recul pour tenter d’éclaircir le débat avec force de ses propres arguments. « Il n y a pas de colonialisme et d’impérialisme en soi. Il y a une série de phénomènes sociaux montrant entre eux de multiples analogies ». Pour être plus précis, il dresse ensuite l’historique du mouvement sioniste, des manifestes pour l’émancipation aux textes de l’organisation socialiste et nationaliste. Il cite jusqu’aux propos chocs de certains universitaires qui penchent pour la logique expansionniste et colonialiste de fait et affichent clairement leur parti pris : « Un Etat juif peut être obtenu, si jamais il l’est, que par la guerre » affirmait en 1947 Judah L. Magnes, président de l’Université hébraïque de Jérusalem. Puis à l’égard des Arabes : « A-t-on jamais vu un peuple donnant son territoire de sa propre volonté ? »[2]. Maxime Rodinson revient sur le premier conflit israélo-arabe tentant de départager les responsabilités des Juifs et des Arabes dans l’échec de la création de l’Etat palestinien mort-né et le maintien des discriminations à l’égard des Arabes restés dans les frontières de l’Etat israélien bien-né. Rodinson conclue avec courage de la sorte : « Je crois avoir démontré dans les lignes qui précèdent que la formation de l’Etat d’Israël sur la terre palestinienne est l’aboutissement d’un processus qui s’insère parfaitement dans le grand mouvement d’expansion européano-américain des XIXè et XXè siècle pour peupler ou dominer économiquement et politiquement les autres terres. (…) Il est bien évident qu’il s’agit d’un processus colonial qui présente des caractères particuliers – comme beaucoup d’autres d’ailleurs. » Comme beaucoup d’autres aussi.

Certains l’ont accusé d’être antisémite, d’autres d’être un traître à la cause. Arguments banalisés aujourd’hui mais qui revêtent une violence inouïe encore à l’époque. Peut être aura-t-il été le juif le plus vilipendé de France. En tout cas, son fils témoigne de la violence des attaques: « Je me souviens de cet article du journal pro-israélien La Terre retrouvée qui s’intitulait « Rodinson, le plus grand antisémite de France », mais aussi de cette lettre anonyme reçue à la maison et qui portait sur l’adresse, au crayon rouge : « M. Maxime Rodinson, juif renégat ». On alla encore plus loin : « Mon père résista à toute cette pression, quoi que ces insultes aient pu coûter personnellement à quelqu’un dont les parents – nos grands-parents – étaient morts à Auschwitz. Il avait ses convictions et elles ne découlaient aucunement d’une hostilité aux Juifs ou d’un amour pour les Arabes. » Et il poursuit : « Apprécier plus ou moins tel peuple plutôt que tel autre, juger les hommes en fonction de leur appartenance nationale ou ethnique, voilà un sentiment qui était totalement étranger à un universaliste comme lui. Ses convictions découlaient de l’analyse, des faits dûment vérifiés et tout simplement de la raison, pour laquelle ses origines juives ne devaient en aucune façon influer sur son jugement, ni dans un sens ni dans l’autre. A une époque qui devait être dominée, de plus en plus, par ce qu’il a appelé dans un article « la peste communautaire », et où le bon sens commun voudrait que chacun juge, indépendamment de tout le reste, en donnant raison à la supposée « communauté » dont il est issu, cela en dérangeait plus d’un. »[3]

Mais Rodinson est entouré dans son combat pour la reconnaissance des droits des Palestiniens et notamment par nombre d’intellectuels arabes français. Parmi eux Samir Amin qui se souvient encore de cette période trouble dans le débat public : « En 1968, il y avait des comités pour la Palestine un peu partout. Ses documents étaient des outils utilisés par tous. Sans lui, nous aurions été démunis. La condamnation du sionisme chez Rodinson est totale et ne faiblira pas sa vie durant »

Bibliographie

Mahomet, Club Français du livre, Seuil («Politique»), Paris, 1961.

Islam et capitalisme, Seuil, Paris, 1966.

«Israël, fait colonial?», in Les Temps Modernes, Le Conflit israélo-arabe, n° 253 bis : 17-88, éditions de minuit, Paris, 1967.

Israël et le refus arabe, 75 ans d’histoire, « L’Histoire immédiate », Paris, Seuil, 1968.

Marxisme et monde musulman, Seuil, Paris, 1972.

Les Palestiniens et la crise israélo-arabe, avec la collaboration de Jacques Berque, Jacques Couland, Louis-Jean Duclos et Jacqueline Hadamard, Textes et documents du Groupe de recherches et d’action pour le règlement du problème palestinien (GRAPP), 1967-1973. Paris, Éditions sociales, Paris, 1974.

Les Arabes, PUF, Paris, 1979.

La Fascination de l’islam, Maspero,« Petite collection », Paris, 1980.

Peuple juif ou problème juif ? Maspero, « Petite collection », Maspero, Paris, 1981.

L’islam : politique et croyance, Fayard, Paris, 1993.

Souvenirs d’un marginal (posthume), Fayard, Paris, 2005.




[1] Attitude bienveillante à l’égard des Juifs

[2] Martin Buber, Judah-L Magnes,” the Bi-national Approach to Zionism, dans Towards Union in Palestine”, Essay on Zionism and Jewish –Arab Cooperation , Ihud Association, Jérusalem, 1947.

[3] Extrait de la préface de « Maxime Rodinson, un intellectuel du XXè siècle », par Michel Rodinson, Riveneuve éditions, Paris, 2008.

MAXIME RODINSON UN INTELLECTUEL DU XX è SIECLE, recensé dans Confluences Méditerranée

http://www.confluences-mediterranee.com/spip.php?article2839

PALESTINISRAEL, recensé sur Médiapart.fr

http://www.mediapart.fr/journal/international/271209/palestinisrael-ce-pays-inconnu

mercredi 24 mars 2010

APPEL A LA CREATION D'UN CERCLE DES JEUNES CHERCHEURS SUR LE PROCHE-ORIENT CCPO

Devant la difficulté et le parcours du combattant qui est celui des jeunes chercheurs, auteurs, spécialistes d'une question, le conflit israélo-palestinien par exemple, la création d’un Cercle des Jeunes Chercheurs sur le Proche-Orient pourrait être un outil pratique, utile, voire indispensable. La profusion d’informations sur la région et sur le conflit nécessite une spécialisation croissante au cœur même du sujet. Il existe des chercheurs spécialistes des femmes, de la mouvance pacifiste, de l’histoire, des communautarismes, de l’environnement, du sionisme, des juifs, des arabes israéliens, de l’histoire palestinienne, de l’OLP, du Hamas et encore beaucoup d’autres comme l’exportation du conflit dans nos sociétés par exemple. C’est une richesse souvent sous-exploitée.

Afin de nous faire connaître davantage, faire circuler l'information sur nos travaux et notre actualité en un seul nom, nous informer entre nous, organiser des colloques ouverts à tous, diffuser nos publications et par une interface nouvelle rendre accessibles à tous nos travaux via internet, le Cercle permettrait de regrouper un certain nombre de spécialistes enclins à s’ouvrir vers l’extérieur.

Si le regroupement initial qui est au-delà de l’instinct de survie la nécessité de s’organiser pour exister, il faudra effectuer rapidement un virage qui assoit le Cercle comme un vrai « think-tank » d’idées, de réflexions, de suggestions, et de médiation.

Quelques uns ont déjà répondu à l’appel et je les en remercie. L’idée maintenant est de réfléchir à plusieurs orientations. Pour cela, le mieux est de répondre selon votre inspiration aux différentes questions plus bas qui a priori couvrent l’ensemble des champs de réflexion qui s’offrent à nous pour mettre en place ce projet

Pour toutes informations ou si vous êtes intéressé par une telle initiative, merci de m'envoyer un mail boussois@yahoo.fr

Première réunion le 12 avril à l'Ecritoire à 15h, place de la Sorbonne.

mardi 9 mars 2010

NOUVELLE PARUTION DANS LA COLLECTION REPORTAGES "Les années noires du journalisme en Algérie" par Brahim Hadj Slimane

La société algérienne ne s’est pas remise du traumatisme de la guerre civile des années 1990. À celle-ci a d’ailleurs succédé la violence multiforme des effets du libéralisme sauvage appliqué brutalement, justement, durant cette même décennie.
Dans le bouillonnement chaotique qui caractérise le quotidien du pays, une amnésie hautement et solennellement décrétée par une loi sur « la réconciliation nationale » a été chargée de refouler au loin et à jamais les larmes et le sang des milliers de victimes, la détresse des populations déplacées.
L’auteur a spontanément refusé cet exil de l’intelligentsia algérienne et a choisi de rester dans son pays. Par son vécu, ses émotions, ses rencontres, ses observations, ses témoignages recueillis, et avec du recul, il a voulu restituer cette époque du journalisme algérien. À travers les pérégrinations de l’auteur, on voyagera dans plusieurs villes et régions d’Algérie, vivra différents événements, découvrira des lieux et personnages divers, saisis dans la tourmente de cette époques. En annexe, on pourra découvrir des témoignages de journalistes connus qui se sont confiés à l’auteur.

ISBN : 978-2-84924-177-6

14 x 21 cm

232 pages

23,00 €


dimanche 7 mars 2010

Un cercle des chercheurs et intellectuels sur le Proche-Orient?

Bonjour à tous,

Pour ceux qui seraient intéressés et tentés par l'idée de participer à la création du "Cercle des Chercheurs sur le Proche-Orient" (titre provisoire), autour d'un certain nombre de projets:

-contacts entre tous les protagonistes et spécialistes du sujet dans toutes ses dimensions
-interface et site web pour relayer publications, informations, évènements qui nous concernent et nous intéressent tous
-organisation de colloques et faciliter ainsi les rencontres entre nous tous
-brain-storming et force de propositions d'articles ou d'interventions diverses
-appels à bourses et subsides.

La date de la première réunion reste à préciser.

Pour toute information ou adhésion, merci de m'envoyer un mail sur boussois@yahoo.fr.

Attention, ce projet est un projet participatif pour lequel nous recherchons plein de bonnes volontés. Ensemble, nous serons plus efficaces et permettrons ainsi de nous enrichir mutuellement et de partager nos centres d'intérêt et passions.