Sébastien Boussois est docteur en sciences politiques, conseiller scientifique et policy advisor chez ForMENA (Bruxelles), chercheur associé au CJB(Rabat/ Maroc) et au REPI (Université Libre de Bruxelles), enseignant en relations internationales, et consultant Moyen-Orient.Il est par ailleurs président du CCMO, le Cercle des Chercheurs sur le Moyen-Orient, écrivain, auteur de nombreux ouvrages, et éditeur. Analyses et services Contact: boussois@yahoo.fr ou 0032 (0) 476 580 677
jeudi 22 août 2013
jeudi 8 août 2013
APARTHE; VIENT DE SORTIR "D'ENCRE ET DE MARBRE", éditions PAT, premier essai en poésie sur l'Art
Préface
« Où vous ne voyez qu'une phrase concrète et brutale, l'exégète voit un sens mystique dont la hauteur échappe à votre entendement »
Pierre Louÿs, Les Aventures du Roi Pausole
L’ensemble des textes présentés, d’inspiration entièrement libre et subjective sinon rien, se veut le fruit d’une imagination couchée sur une page blanche volante, là au coin d’une table usée, là sur un banc dans un jardin public, depuis un bureau face à la lune puis reliés les uns aux autres sous forme de ce recueil léger intitulé lourdement « D’encre et de marbre ». Il fut imaginé suite à la manifestation récurrente de ce sentiment cent fois éprouvé par l’auteur assis là devant l’un des milliers de tableaux que l’Homme a produit et qu’il rêve encore de contempler pour longtemps : une époque révolue, un temps figé sous le pinceau pris dans l’esprit s’est emparé du spectateur qui cherche à tout comprendre tout interpréter d’une Œuvre au lieu de la sentir et la ressentir. Puisse-il être libéré de nouveau sur la feuille vierge qui se couvrira d’éphémère pour redonner, à l’encre ou la peinture, de la vie et décristalliser ainsi du marbre le souvenir et l’éternité figée qui se sont emparés de l’artiste désemparé et disparu. L’artiste est un relais indiscipliné, pas un sage. Il est le silence réincarné plus que la parole incarnée. La sélection des œuvres auxquelles on a souhaité redonner vie est arbitraire, c’est un début. La parataxe ajoute de la continuité et en même temps du mouvement et une nouvelle dimension au tableau et à l’histoire contée et extraite de la réalité aplanie.
L’on trouvera en dernière page, la liste de ces œuvres, mais libre au lecteur également de partir à la recherche de ces dernières et d’en découvrir d’autre si jamais l’inspiration de l’auteur venait à croiser par un moyen ou par un autre, par un heureux hasard ou une émotion commune, la sensibilité proche de ce premier. L’on a cherché à écrire un récit, inventer un propos, tisser une toile qui peut être proche ou aux antipodes- sûrement d’ailleurs- de ce que le peintre a lui-même voulu faire passer comme message. Tant mieux pour tous et tant pis pour leurs exégètes. Histoire de se rappeler que tout est subjectif, tout être doit réagir par sa sensibilité propre, et qu’il n’y a, encore moins que dans d’autres domaines, une juste manière de penser les choses, de réfléchir la chose, de respirer les couleurs et d’entendre le grain, tout en profitant d’une universalité à sentir de l’émotion, à ressentir Ce que peut dégager une œuvre d’art par elle-même et pour elle-même sans le concours de personne d’autre qu’elle. Bien sûr des thèmes reviennent et hantent l’auteur de ce recueil : l’ici et l’ailleurs, l’homme face à la nature, l’homme face au temps, l’eau la mer et la mère toutes trois sources de vie, le romantisme d’hier et d’aujourd’hui, la contemplation méditative et la méditation contemplative, la réflexion philosophique et les arts comme baumes de l’esprit, enfin l’amour absolu comme clé de vie vers le retour à l’unité primitive et la quête du bonheur relatif comme l'un des chemins les plus torturés que l'homme droit ait à accomplir.
Le site: http://dencreetdemarbre.blogspot.be/
Les commandes ici: http://pat.khobizart.com/
Les premières critiques:
1) Roger-Philippe, philosophe et écrivain
"D'ENCRE ET DE MARBRE ", premier essai, sur l'art, de Sébastien Boussois, vient de paraître, et se distingue doublement par une "vue plongeante" dans l'âme des œuvres telle qu'elle résonne en nous, et non pas telle que raisonnée par nous; ainsi que par le parti pris, toujours audacieux et ici admirablement mené, de l'absence de ponctuation. D'où une véritable expérience de lecture charnelle, car à la sensibilité esthétique s'ajoute une "pneumologie". Comme j'aime cette absence de ponctuation ! Elle oblige le lecteur à rentrer dans la phrase de l'auteur et donc à le lire d'en dedans... Cela force à respirer avec l'auteur, à être plus que son lecteur, à être sa voix, son tempo, son souffle ! Valéry a écrit que " la forme fait le fond ". La forme non ponctuée de ce livre nous implique dans une lecture plus profonde, car nécessairement plus attentive aux pauses, et plus intuitive quant au rythme intérieur qui préside au sens et à la mélopée. En nous mettant en demeure d'aller chercher sa respiration dans la matière de sa phrase, Sébastien Boussois nous conduit à habiter pleinement dans son texte, et à recréer plus intimement encore avec lui les représentations artistiques ( qu'est-ce en effet que la dilection esthétique, sinon une perpétuelle recréation de l'œuvre dans sa "présentation" à nous ? ). Cet essai de maître, c'est une lecture corps à corps, un dialogue entre souffles qui fait sens et fait battre le cœur. L'auteur insuffle en nous plus que ses mots, ses pensées, ses émois; il nous donne à lire son corps vivant écrivant. Voilà donc un livre qui inspire, au double sens du Logos et de la Pneuma, la double face cosmique et physique de l'esprit. Dans sa quête du Beau, Sébastien Boussois par cet opus rare et mantique nous conduit à éprouver un état de possession, puisque pour en lire les pages sans signes il faut se laisser envahir par son sens, par le son que rend son sens, cette "signifiance" que Julia Kristeva définit comme " le sens sensuellement produit ". Dès lors le livre relève brillamment son défi et tient sa promesse de parler des œuvres d'art sans en "chercher" le sens mais en leur "donnant" du sens, un sens vital... On entre dans la contemplation, qui est un état supérieur de la vérité, à la fois une métaphysique et une méta-esthétique. Lire "D'encre et de marbre" c'est ainsi, par le commun respir du lecteur et de l'auteur dans la phrase sans ponctuation mais non sans intonation, voir exaucée par nous la prière qu'adresse Dante à Apollon dans les premiers vers de la "Divine Comédie", pour qu'il lui donne l'inspiration créatrice en lui insufflant son Esprit : " Ô bon Apollon, entre dans ma poitrine, et souffle "..."
Sébastien Boussois souffle en nous son art sans virgules ni point-virgules mais qui au point du jour de l'Esprit pointe déjà vers le Beau
2) Michel Robert, écrivain
Une toile donne. Une impression fugace, un sentiment de plénitude, une rage d'explosion, une référence à soi, une évasion d'amour, un envol surtout.
"D'encre et de marbre" est un livre étonnant . Fait d'une écriture courte et puissante, le livre donne ce qu'il y a sur la toile. Il dit: regardez, voilà ma vision. Voilà mon regard. Voilà ma sensation.
Sans point, sans virgule, sans la contingence d'une quelconque grammaire. Le lecteur est ici spectateur. Il ne lit pas, il voit. Il voit ce que voit l'auteur. Une douzaine de toiles de grands maîtres sont ainsi prises en flagrant délit de liberté récréative. Voir à travers l'écriture, sans lire. Un miracle que Sébastien Boussois nous donne. Merci à lui.
"D'encre et de marbre" est un livre étonnant . Fait d'une écriture courte et puissante, le livre donne ce qu'il y a sur la toile. Il dit: regardez, voilà ma vision. Voilà mon regard. Voilà ma sensation.
Sans point, sans virgule, sans la contingence d'une quelconque grammaire. Le lecteur est ici spectateur. Il ne lit pas, il voit. Il voit ce que voit l'auteur. Une douzaine de toiles de grands maîtres sont ainsi prises en flagrant délit de liberté récréative. Voir à travers l'écriture, sans lire. Un miracle que Sébastien Boussois nous donne. Merci à lui.
mardi 30 juillet 2013
Paru sur le site du JDD le 30 juillet 2013
Israël-Palestine : une reprise du dialogue pleine d’incertitudes
Israéliens et Palestiniens entament, lundi 29 juillet, une période d'au moins neuf mois de négociations en vue d’un accord de paix. Pour éviter un nouvel échec, les deux parties vont devoir s'entendre sur certaines questions épineuses.

Mis à jour le , publié le
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Le secrétaire d’Etat américain, John Kerry, a réussi à renouer le dialogue. Lundi 29 et mardi 30 juillet, Israéliens et Palestiniens s'assoient une nouvelle fois autour de la table, à Washington (Etats-Unis), pour reprendre des négociations directes en vue d’un accord de paix. Interrompue depuis septembre 2010, la reprise a été rendue possible avec la décision du cabinet israélien, dimanche, de libérer 104 prisonniers palestiniens.
Malgré ce geste, les accords de paix semblent encore loin. Avec l’aide de Frédéric Encel, maître de conférences à Sciences-Po Paris et professeur à l’ESG Management School, et Sébastien Boussois, docteur en sciences politiques et senior advisor à l'Institut européen de recherche sur la coopération méditerranéenne et euro-arabe, francetv info fait le point sur six problématiques auxquelles seront confrontées les deux parties.
1Deux pays, mais avec quelles frontières ?
Benyamin Netanyahu a déjà accepté depuis 2009 le principe d'un Etat palestinien démilitarisé, rappelle Le Figaro. En revanche, le Premier ministre israélien a rejeté la demande de l’Autorité palestinienne de négocier sur la base des frontières d’avant juin 1967 (voir la carte de La documentation française). Concernant un nouveau dessin des frontières, Sébastien Boussois n’envisage pas "d'échanges massifs de territoire", évoquant plutôt "des modifications mineures sur leurs frontières". Avec ses multiples colonies israéliennes, le territoire palestinien ressemble "à un gruyère", commente le spécialiste du Proche-Orient.
Frédéric Encel se veut plus optimiste sur cette question, qu’il considère moins difficile qu’il n’y paraît : "Ça a déjà été négocié à Camp David en 2000 et à Annapolis en 2007. On était presque arrivés à un accord sur un échange de territoires équivalents en surface." Concrètement, Israël investissait environ 10% des territoires palestiniens correspondant à ses principales zones d’implantation, en échange de la même proportion de son territoire.
2Quel avenir pour les colonies israéliennes ?
Le pouvoir israélien a refusé le gel de la construction de logements dans les colonies israéliennes, qui a repris avec vigueur en novembre 2012 quand la Palestine a obtenu le statut d'observateur à l'ONU, relève 20 minutes. Sébastien Boussois considère qu'Israël "n'est pas prêt à négocier la moindre parcelle de territoire, car il voit dans le maintien des implantations un élément vital, une condition de survie". Pour le chercheur, l’image des colons de Gaza évacués de force en 2005 (vidéo de l'INA) reste ancrée dans l'imaginaire des Israéliens, d'autant plus que les compensations financières promises sont toujours attendues.
Frédéric Encel reconnaît que "les Israéliens ont été échaudés par les deux dernières évacuations" et qu'un retrait reste inenvisageable à court terme. En revanche, il juge le démantèlement inévitable sur le long terme, "sinon aucun accord n'est possible". S'appuyant sur le passé, il se dit "très optimiste" sur la question : "En 1982[évacuation du Sinaï après les accords de Camp David en 1978] puis en 2005, deux gouvernements conservateurs ont procédé à des évacuations. Ils peuvent donc recommencer."
3Quid du droit au retour ?
Le droit au retour des réfugiés palestiniens, contraints de quitter le territoire lors de la guerre israélo-arabe de 1948, revient systématiquement lors des négociations de paix. Pour Frédéric Encel, l’application du droit au retour est à dissocier de la revendication. Une des solutions serait qu'Israël reconnaisse "une part de responsabilité morale, apporte des compensations financières et accepte le retour de quelques milliers de personnes".
Peu de retours donc, rassureraient Israël tout en apportant une réparation symbolique aux Palestiniens. Ces derniers n'abandonneront jamais le droit au retour, car cela signifierait "soit qu'ils ont été lâches, soit qu’ils n’aimaient pas leur terre", affirme Frédéric Encel. Dans le même temps, les Israéliens ne reconnaîtront pas "avoir chassé des centaines de milliers de Palestiniens". Comme souvent, il faudra donc"trouver le plus petit dénominateur commun", ajoute le chercheur.
4Comment gérer les divisions politiques internes ?
L’acceptation, par Benyamin Netanyahu, de libérer 104 prisonniers, dont certains auraient tué des femmes et des enfants israéliens, a créé de vifs débats au sein de la coalition israélienne, raconte Le Figaro. Pour Sébastien Boussois, ces divisions s’expliquent par l’impact psychologique extrêmement fort pour la population israélienne : "On libère des assassins et des kamikazes en puissance, ça prend aux tripes, à l'ethos national." Pour Frédéric Encel, "c'est un risque politique pour Netanyahu ; même si la coalition est solide, il y a une fragilisation de l’opinion publique qui l’accepte mal".
De l'autre côté, cette libération pourrait renforcer l’Autorité palestinienne dans sa guerre à distance avec le Hamas. "Cela répond à une demande concrète. Jusque-là, le Hamas traitait Mahmoud Abbas [président de l’Autorité palestinienne] de lâche et de faible, justement parce qu’il ne parvenait pas à obtenir de libérations". En 2011, le mouvement islamiste avait lui récupéré plus de 1 000 détenus en échange du soldat Gilad Shalit.
5Jérusalem, une ville pour deux capitales ?
Pour Frédéric Encel, cette question s’annonce très épineuse. "En 1993, à Oslo, Jérusalem avait été délaissée et même si la question n’est plus un tabou depuis la proposition de partage d'Ehud Barak en 2000 [première fois qu'un leader israélien acceptait de partager Jérusalem], elle n’a jamais été négociée."
Le chercheur évoque la possibilité d’un partage fonctionnel. Les 250 000 Palestiniens de Jérusalem pourraient rejoindre le futur Etat palestinien, tout en continuant à bénéficier des prestations sociales de la ville. En échange, les Israéliens garderaient le contrôle du sol. "Aucun Israélien n’accepterait la présence d’une autre force qu'Israël à Jérusalem", assure Frédéric Encel. Il pense en revanche que l’Etat hébreu devrait pouvoir accepter que la Palestine se choisisse Jérusalem-Est comme capitale : "Une capitale pour les deux Etats, avec deux noms différents, c'est possible."
6L’économie, partie facile des négociations ?
"C’est sur les questions techniques qu’ils peuvent s’entendre le plus facilement, tout simplement car ce n’est pas identitaire", analyse Frédéric Encel. Pour Sébastien Boussois, si les négociations techniques (droits de douanes, problématique de l’eau) sont loin d’être abouties, il reste une certitude : "Le jour où la paix s'installera, le premier partenaire économique d’Israël devra devenir la Palestine, et vice versa. Cela permettra notamment à l’économie palestinienne de sortir de l’asphyxie." Frédéric Encel abonde et ajoute qu'un "vrai accord de paix permettrait à Israël de connaître un bond économique et commercial faramineux".
Plus largement, concernant les chances de succès de ces négociations qui débutent lundi à Washington, Frédéric Encel se dit pessimiste à court terme, mais optimiste à plus long terme. Il souligne "la vraie volonté des deux peuples à trouver un véritable accord pour deux Etats". Sébastien Boussois, lui, est moins enthousiaste et "reste persuadé que si la médiation américaine avait été efficace, elle aurait fonctionné depuis longtemps". Il fonde ses espoirs sur une médiation régionale, qui pourrait être menée par la Turquie dans les années à venir. Et considère surtout qu’Israël garde un intérêt à conserver le statu quo actuel.
lundi 29 juillet 2013
Paru sur le site du Journal du Dimanche le 29 juillet 2013
Interview
Israël-Palestine : "La reprise des négociations, un non-événement"
INTERVIEW - Pour la première fois depuis 2010, des délégations israélienne et palestinienne se retrouvent lundi à Washington pour reprendre les négociations de paix. Quelles sont les chances de l'initiative américaine? L'analyse de Sébastien Boussois, spécialiste de la question israélo-palestinienne à l'Université libre de Bruxelles.
Que faut-il attendre de la reprise des négociations entre Israéliens et Palestiniens à Washington?
Il faut faire preuve de réalisme. En raison du contexte géopolitique régional et sécuritaire, notamment avec la situation en Syrie et en Egypte, Israël n'a aucun intérêt à modifier cette position de statu quo sur ce dossier. Il y a certes un sursaut de la part de Barack Obama, dégagé de toute pression électorale et des groupes d'influences pro-israéliens. Il a voulu joué le tout pour le tout, pour essayer au moins de reprendre la main sur cette question. Mais si une solution intervient un jour, elle sera prise au niveau local ou régional. Toute action extérieure dans la région n'a jamais été très constructive.
Il faut faire preuve de réalisme. En raison du contexte géopolitique régional et sécuritaire, notamment avec la situation en Syrie et en Egypte, Israël n'a aucun intérêt à modifier cette position de statu quo sur ce dossier. Il y a certes un sursaut de la part de Barack Obama, dégagé de toute pression électorale et des groupes d'influences pro-israéliens. Il a voulu joué le tout pour le tout, pour essayer au moins de reprendre la main sur cette question. Mais si une solution intervient un jour, elle sera prise au niveau local ou régional. Toute action extérieure dans la région n'a jamais été très constructive.
Sur quoi les deux parties peuvent-elles s'entendre?
Il existe des éléments sur lesquels il peut y avoir une discussion.Ces retrouvailles à Washington pourraient être l'occasion de montrer ces avancées. Il y a déjà la promesse faite par Israël d'une libération symbolique de prisonniers palestiniens. Mais il reste d'éternels points de blocage, comme le gel puis l'arrêt de la colonisation ou le retour aux frontières de 1967. Si on s'enferme dans des discussions au cas par cas, territoire par territoire, comme cela semble s'annoncer, il n'y aura pas de solution claire.
Il existe des éléments sur lesquels il peut y avoir une discussion.Ces retrouvailles à Washington pourraient être l'occasion de montrer ces avancées. Il y a déjà la promesse faite par Israël d'une libération symbolique de prisonniers palestiniens. Mais il reste d'éternels points de blocage, comme le gel puis l'arrêt de la colonisation ou le retour aux frontières de 1967. Si on s'enferme dans des discussions au cas par cas, territoire par territoire, comme cela semble s'annoncer, il n'y aura pas de solution claire.
«Il faudrait qu'Israël soit beaucoup plus affaibli pour faire des concessions» La démarche actuelle n'est-elle pas plus constructive qu'en 2010, lorsque de précédents pourparlers n'avaient duré qu'un mois?
Nous sommes aujourd'hui dans un cycle de discussions qui doit durer neuf mois. Mais au Proche et Moyen-Orient, aucune politique ne dépasse un cadre de perception de plus de six mois. Se donner du temps ne révèle pas une grande volonté politique. Pourquoi fixer neuf mois? Les solutions pour mettre fin au conflit israélo-palestinien sont déjà connues. Avec de la volonté politique, la question peut être réglée en une semaine.
Nous sommes aujourd'hui dans un cycle de discussions qui doit durer neuf mois. Mais au Proche et Moyen-Orient, aucune politique ne dépasse un cadre de perception de plus de six mois. Se donner du temps ne révèle pas une grande volonté politique. Pourquoi fixer neuf mois? Les solutions pour mettre fin au conflit israélo-palestinien sont déjà connues. Avec de la volonté politique, la question peut être réglée en une semaine.
Selon vous, le processus de paix n'avancera donc pas par manque de volonté…
C'est pour cela qu'on peut parler d'un non-événement. Il n'y a pas aujourd'hui de contexte global violent qui permettrait soit de relancer concrètement les négociations avec des avancées spectaculaires, soit de convaincre les deux camps d'avoir un intérêt à le faire. Concrètement, il faudrait qu'Israël soit beaucoup plus affaibli qu'il ne l'est actuellement pour faire des concessions, et je ne vois pas comment le gouvernement pourrait accepter un compromis. Aujoud'hui, Israël n'a pas d'intérêt à le faire. Et Mahmoud Abbas, s'il en a un, n'est plus suffisamment fort dans le camp palestinien.
C'est pour cela qu'on peut parler d'un non-événement. Il n'y a pas aujourd'hui de contexte global violent qui permettrait soit de relancer concrètement les négociations avec des avancées spectaculaires, soit de convaincre les deux camps d'avoir un intérêt à le faire. Concrètement, il faudrait qu'Israël soit beaucoup plus affaibli qu'il ne l'est actuellement pour faire des concessions, et je ne vois pas comment le gouvernement pourrait accepter un compromis. Aujoud'hui, Israël n'a pas d'intérêt à le faire. Et Mahmoud Abbas, s'il en a un, n'est plus suffisamment fort dans le camp palestinien.
Que peut espérer alors le président de l'autorité palestinienne?
Mahmoud Abbas essaye de surfer sur son succès médiatique de l'an dernier, lorsque la Palestine est devenue un Etat observateur de l'ONU. Il n'a rien à perdre. Lui et le Fatah manque aujourd'hui de légitimité auprès des Palestiniens. Mais face à un gouvernement israélien qui n'a jamais été autant à droite, je ne vois pas ce qu'Abbas pourrait obtenir.
Mahmoud Abbas essaye de surfer sur son succès médiatique de l'an dernier, lorsque la Palestine est devenue un Etat observateur de l'ONU. Il n'a rien à perdre. Lui et le Fatah manque aujourd'hui de légitimité auprès des Palestiniens. Mais face à un gouvernement israélien qui n'a jamais été autant à droite, je ne vois pas ce qu'Abbas pourrait obtenir.
vendredi 19 juillet 2013
Vient de paraître "Villes en guerre au Moyen-Orient", collection Eurorient, L'Harmattan éditions, 2013
http://www.editions-harmattan.fr/index.asp?navig=catalogue&obj=numero&no_revue=140&no=40818
VILLES EN GUERRE AU MOYEN-ORIENTEurorient n°43Julie Chapuis Sous la direction de Eurorient DÉFENSE, ARMÉE, SÉCURITÉ GÉOPOLITIQUE, RELATIONS INTERNATIONALES, DIPLOMATIE URBANISME, AMÉNAGEMENT, SOCIOLOGIE URBAINE MAGHREB, MONDE ARABE, MOYEN ORIENT Objet de toutes les convoitises, la ville subit les effets de la guerre : elle se transforme à travers elle, s'en accommode autant qu'elle la conteste. Lorsqu'elle s'en libère, elle en est toujours changée, ostensiblement ou plus discrètement, en tout cas profondément. Projetée en dehors de la guerre, dans le temps ou dans l'espace, la ville propose une alternative et questionne sa capacité d'interface, de résilience. On y oublie la guerre, on y réinvente un semblant de paix... sans que la guerre ne soit jamais tout à fait loin. |
mercredi 3 juillet 2013
Paru dans Afrique magazine en juin 2013 "La face cachée des Révolutions arabes"
Comment
la vision sécuritaire des Etats en transition relativise-t-elle l’approche des
transitions démocratiques en cours dans la région
Face au
bouleversement géopolitique que connaît la région du Moyen-Orient, la
Communauté internationale ne sait plus comment agir au mieux : ayant tant
souhaité la chute de nombreux dictateurs, qu’elle a pu soutenir à certains
moments, elle finit par donner indirectement le signal que la stabilisation et
le retour à l’ordre valent mieux rapidement que l’incertitude liée aux
transitions démocratiques qui se font dans la souffrance. L’intervention de la
coalition en Libye, n’est pas un franc succès si ce n’est avoir éliminé
Kadhafi ; pas plus qu’en Irak qui est dans la guerre civile plus que
jamais ; et la non-intervention en Syrie comme la polémique autour de
l’armement des rebelles ou non reflète bien l’incapacité pour les Occidentaux
de trouver une solution juste et idéale. Du coup, ce sont les positions
sécuritaires qui priment face au développement tous azimuts du terrorisme. On
se retrouve alors dans la plupart des cas dans une nouvelle forme de conflit
issus de factions non étatiques et une radicalisation de l’Etat qui tente de
faire face. Cela s’inscrit dans la transformation globale de la nature des
conflits et des actions de l’Etat pour y répondre depuis vingt ans, à laquelle
le Moyen-Orient ne déroge pas.
En parlant de
« nouvel ordre mondial » en 1991, le président Georges Bush père,
annonçait l’effondrement d’un système bipolaire mondial et l’avènement d’un
monde unipolaire, en sous-estimant par contre le retour d’une planète
multipolaire quelques années seulement plus tard. Même si l’expression est à
peu près tout aussi contestable que l’expression atlantiste de redéfinition
d’un «grand Moyen-Orient » depuis dix ans, force est de constater que les
transformations mondiales de la nature des conflits a essaimé au cœur du
Moyen-Orient de la même façon et que les crises locales se sont largement
multipliées appelant au retour d’un certain conservatisme sécuritaire.
La
prolifération des conflits intraétatiques dans le monde en général, au
Moyen-Orient en particulier, a largement pris le pas sur les crises
interétatiques. Et aujourd’hui, après la domination américaine écrasante, le
retour de vieilles puissances et l’émergence de nouvelles redéfinissent la
donne et influent de nouveau le jeu des alliances et des contre-alliances
locales. Jusqu’à revenir à l’ancien ordre ? La comparaison est parfois
troublante. La crise syrienne en est la preuve dans un bras de fer entre USA et
Russie incessant depuis deux ans et la radicalisation du régime baasiste de Bachar Al Assad est présentée par
certains comme un rempart contre l’islamisme violent et les factions rebelles
désunies qui offriraient un avenir plus qu’incertains aux yeux des Occidentaux.
Alors que le président américain Obama n’écarte plus l’option d’armer les
« rebelles », l’annonce récente de Vladimir Poutine de fournir des
armes au président syrien Bachar Al Assad, ravive des souvenirs. L’arrivée des
batteries anti-missiles S-300 à Damas en provenance directe de Moscou jette un
peu plus d’huile sur le feu.
Vingt ans
après la fin de la Guerre Froide, les conflits régionaux et notamment au
Moyen-Orient sont donc totalement différents : alors que les Etats sont
plus sécurisés sur leurs frontières malgré certaines instabilités régionales
récentes (la crise syrienne et ses remous aux frontières turque, libanaise et
jordanienne), les armées conventionnelles elles deviennent largement
impuissantes face aux phénomènes de guérillas de mouvements non-étatiques et
non traditionnels. Elles craignent les jeux de dominos. Le Hezbollah donnait
déjà du fil à retordre au Liban, voilà qu’il entre en guerre en Syrie, hors de
son terrain d’action habituel ; facteur déstabilisant total pour l’Etat
libanais en porte-à-faux. Enfin, c’est l’occasion d’évoquer, au-delà du
phénomène de guerre unilatérales déclenchées tout de même pas certaines
puissances contre un Etat ennemi, comme Israël contre le pouvoir du Hamas à
Gaza en 2008, la transformation de l’équipement même des armées dites
traditionnelles avec l’acquisition croissante de drones, bijoux de
technologies, pilotés à distance, sans pilote, et qui permettent d’effectuer
des frappes bien ciblées contre du matériel ou pratiquer des éliminations
humaines souvent moins précises, sans risque aucun. Le risque sécuritaire
diminue-t-il pour autant avec plus de sécurité ? Réponse pas évidente. C’est
la notion de « guerre » qui entre elle-même en crise : le drone est l’emblème
de la chasse à l’homme préventive, forme de violence qui débouche, à mi-chemin
entre guerre et police, sur des campagnes d’exécutions extrajudiciaires menées
à l’échelle globale », précise Grégoire Chamayou dans sa « Théorie
des Drones » (La fabrique, Paris, 2012).
La
multiplication des conflits locaux au nom de la démocratie évoluerait-il vers
un traitement mondial et risquerait-il l’internationalisation, donc le retour
au pire ? Rien n’est moins sûr même si la transition démocratique semble à
ce prix. Ce qu’il l’est c’est que notre monde change à vitesse grand V, en
termes de progrès comme en termes de régression. Et les relativistes et
déchanteurs des Printemps arabes gonflent les rangs des pessimistes qui n’ont
d’autre choix d’affirmer que les dictateurs apportaient stabilité et
compromission facile avec eux. Israël
préférait probablement un régime baasiste et un Moubarak que les Frères
musulmans élus démocratiquement et une opposition syrienne explosive. La
période que nous vivons est l’occasion unique d’assister à une redéfinition
complète des relations internationales et à retour en force des Etats et d’une
certaine forme de conservatisme, matérialisé par le renforcement sécuritaire
comme argument pour contrer les incertitudes de la démocratisation. Les
premiers inquiets sont les Occidentaux et Israël, « chantres » de la
démocratie dans le monde. Denis Charbit, professeur de sciences politiques à
l’Open University de Tel Aviv livre dans un entretien privé un raisonnement
tout autre : « Les organisations terroristes comme les oppositions
politiques en construction sont capables aujourd'hui de déstabiliser les Etats
dès que leur autorité est affaiblie (pour des raisons différentes, cela
va de soi, si on compare l'Egypte et la Syrie). C'est peut-être la faillite du
système étatique régional dont il est question actuellement. Ceci explique
pourquoi par exemple Israël, dès 2011, entrevoyait avec inquiétude les effets
du printemps arabe sur la sécurité régionale ».
L'incontournable site pour comprendre les relations euro-arabes et méditerranéennes www.medea.be
La coopération avec ses voisins les plus directs, les pays arabes et méditerranéens, est essentielle pour l’Europe. Or, alors que l’Union Européenne se dote d’un nouveau Service d’Action Extérieure chargé de renforcer la présence européenne dans le monde, la complexité du monde arabe semble encore souvent lui échapper.
Différentes initiatives ont été mises sur pied afin de fournir un cadre pour la coopération euro-arabe dont les plus importants sont le processus de Barcelone, la Politique Européenne de Voisinage et enfin, la plus récente Union pour la Méditerranée. Aucune ne semble pourtant avoir réellement rencontré les attentes des partenaires.
Le monde arabe, de son côté, ne perçoit pas toujours le potentiel de l’Europe, ou ne sait par où l’aborder. Par facilité, les pays voisins de l’Europe choisissent alors des partenariats outre-Atlantique ou asiatiques, pourtant géographiquement moins naturels.
Dans ce contexte, le rôle de l’Institut MEDEA, actif depuis quinze ans dans les relations euro-arabes, est de faire connaître le monde arabe, ses particularités et ses opportunités. Son but est de promouvoir les synergies et le dialogue entre deux régions voisines et complémentaires.
La région du Golfe arabo-persique en particulier, offre un potentiel élevé à une Europe en crise. En effet, afin de faire face à ce qu’on appelle l’ « après-pétrole », les pays du Golfe persique se sont résolument engagés dans la diversification de leurs secteurs économiques. Ils développent des centres de recherches, des pôles de développement scientifique et des universités de haut niveau. Certains ont développé des infrastructures touristiques et immobilières spectaculaires, sans parler de grandes ambitions culturelles et… sportives. Les pays arabes du Golfe ont érigé des villes dynamiques, ultramodernes et attractives qui épatent leurs visiteurs !
A travers les différentes activités que sont son site web, ses conférences ou ses activités de conseil, l’Institut MEDEA s’attache à promouvoir et à faciliter les relations entre acteurs et penseurs européens et arabes. Son objectif est de renforcer le dialogue et la coopération entre des régions voisines et complémentaires par le biais d’une meilleure connaissance mutuelle. A travers ses activités dans le cadre du réseau belge de la Fondation Anna Lindh l’institut MEDEA se tourne de plus en plus vers les associations, qu’elles soient bruxelloises, méditerranéennes ou internationales. L’institut met en oeuvre des projets avec les autres membres du réseau qui regroupe des organisations actives dans le domaine du dialogue interculturel, de la jeunesse, de l’enseignement, des relations internationales, des services publics, des droits humains, de la démocratie et de l’égalité entre hommes et femmes.
Une seule adresse: www.medea.bewww.medea.be
vendredi 21 juin 2013
Paru sur le site de l'Institut MEDEA le 21 juin 2013
21 juin 2013
L’ÉLECTION DE ROHANI OU L’OCCASION POUR L’IRAN DE REPRENDRE SA PLACE AU CŒUR DU HEARTLAND
Par Sébastien Boussois
Plus au Moyen-Orient peut -être qu’ailleurs dans le monde, il est difficile de faire de la prospective et d’anticiper ce qui se passera dans un pays pivot que tout le monde scrute à quelques jours d’une échéance électorale : personne en Israël n’avait vu arriver en janvier dernier le succès de Yech Atid et du centre gauche comme le relatif échec de Netanyahou ; il en est de même aujourd’hui pour l’Iran après la victoire du modéré Hassan Rohani dès le premier tour de la présidentielle avec 50.7% le 14 mai dernier.
Alors que tous les « experts » misaient sur la réélection d’un religieux radical et conservateur au pouvoir soutenu par le Guide Suprême Khamenei, c’est effectivement un religieux qui a gagné mais qui se démarque dès à présent d’un ancien président arrogant très conservateur, décrié, et néfaste pour son pays, Mahmoud Ahmadinejad. Le nouveau président promet déjà une rupture radicale avec son prédécesseur, sans être persuadé qu’il puisse véritablement opérer une rupture avec l’ensemble du système politique iranien. Le Monde titrait le 23 mai « De la République islamique à la dictature d’un clan ». Pour beaucoup, on est désormais loin de la théocratie de 1979, surtout depuis 2009 et les fraudes à l’élection présidentielle dénoncées par l’opposition verte. Mais aussi après l’éviction de l’ancien président Hachémi Rafsandjani avant les élections, un des acteurs de la révolution islamique.
C’est pour cela que la nuance entre conservateurs et réformateurs est parfois aussi ténue que celle que l’on veut maintenir entre gauche et droite dans certains pays occidentaux. Pourtant, Rohani s’engageait lors de sa première conférence de presse à renouer le dialogue avec l’Occident, prononçait le nom même d’Israël, assurait qu’il y aurait plus de transparence sur le dossier du nucléaire. L’Iran, qui s’était, depuis le régime des sanctions à son égard, largement rapproché de l’est, de la Russie à la Chine, pourrait réajuster ses alliances et engager avec mesure de nouvelles négociations avec l’Ouest.
L’image de l’Iran depuis huit ans est désastreuse. Jamais le pays n’a certes récupéré l’image qu’il avait de modernité d’avant 1979, mais le fait de retenir des candidats, puis d’en élire un, tous liés à un moment ou à un autre de leur carrière, aux fonctions diplomatiques, est un signe clair de revirement : que l’Iran souhaite poursuivre ou non son désir de leadership régional disputé historiquement aux sunnites et wahaabites, ou tout simplement qu’il veuille se réinsérer dans une dynamique de relance des négociations sur le nucléaire et d’allègement des sanctions, il devrait modérer sa politique de voisinage et saisir une autre opportunité : ce qui va se passer dans les semaines à venir est déterminant pour ce « heartland » (pivot géographique de l’histoire). A la croisée de l’Asie, du Moyen-Orient et de l’Europe, l’Iran de Rohani pourrait par exemple enfin devenir, non pas un leader régional, puisque cela a peu de chance de voir le jour, mais un médiateur entre tous ces continents aux multiples tensions qui rappellent parfois la Guerre froide, notamment sur le dossier syrien. Voilà qui pourrait être un beau et nouveau défi après des années de blacklisting pour ce carrefour mondial des tensions géopolitiques. Evidemment, comme en prospective, ce dont on est sûr, c’est que tout cela a peu de chances de voir le jour dans l’immédiat. Dommage pour les Iraniens.
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