Préface
« Où vous ne voyez qu'une phrase concrète et brutale, l'exégète voit un sens mystique dont la hauteur échappe à votre entendement »
Pierre Louÿs, Les Aventures du Roi Pausole
L’ensemble des textes présentés, d’inspiration entièrement libre et subjective sinon rien, se veut le fruit d’une imagination couchée sur une page blanche volante, là au coin d’une table usée, là sur un banc dans un jardin public, depuis un bureau face à la lune puis reliés les uns aux autres sous forme de ce recueil léger intitulé lourdement « D’encre et de marbre ». Il fut imaginé suite à la manifestation récurrente de ce sentiment cent fois éprouvé par l’auteur assis là devant l’un des milliers de tableaux que l’Homme a produit et qu’il rêve encore de contempler pour longtemps : une époque révolue, un temps figé sous le pinceau pris dans l’esprit s’est emparé du spectateur qui cherche à tout comprendre tout interpréter d’une Œuvre au lieu de la sentir et la ressentir. Puisse-il être libéré de nouveau sur la feuille vierge qui se couvrira d’éphémère pour redonner, à l’encre ou la peinture, de la vie et décristalliser ainsi du marbre le souvenir et l’éternité figée qui se sont emparés de l’artiste désemparé et disparu. L’artiste est un relais indiscipliné, pas un sage. Il est le silence réincarné plus que la parole incarnée. La sélection des œuvres auxquelles on a souhaité redonner vie est arbitraire, c’est un début. La parataxe ajoute de la continuité et en même temps du mouvement et une nouvelle dimension au tableau et à l’histoire contée et extraite de la réalité aplanie.
L’on trouvera en dernière page, la liste de ces œuvres, mais libre au lecteur également de partir à la recherche de ces dernières et d’en découvrir d’autre si jamais l’inspiration de l’auteur venait à croiser par un moyen ou par un autre, par un heureux hasard ou une émotion commune, la sensibilité proche de ce premier. L’on a cherché à écrire un récit, inventer un propos, tisser une toile qui peut être proche ou aux antipodes- sûrement d’ailleurs- de ce que le peintre a lui-même voulu faire passer comme message. Tant mieux pour tous et tant pis pour leurs exégètes. Histoire de se rappeler que tout est subjectif, tout être doit réagir par sa sensibilité propre, et qu’il n’y a, encore moins que dans d’autres domaines, une juste manière de penser les choses, de réfléchir la chose, de respirer les couleurs et d’entendre le grain, tout en profitant d’une universalité à sentir de l’émotion, à ressentir Ce que peut dégager une œuvre d’art par elle-même et pour elle-même sans le concours de personne d’autre qu’elle. Bien sûr des thèmes reviennent et hantent l’auteur de ce recueil : l’ici et l’ailleurs, l’homme face à la nature, l’homme face au temps, l’eau la mer et la mère toutes trois sources de vie, le romantisme d’hier et d’aujourd’hui, la contemplation méditative et la méditation contemplative, la réflexion philosophique et les arts comme baumes de l’esprit, enfin l’amour absolu comme clé de vie vers le retour à l’unité primitive et la quête du bonheur relatif comme l'un des chemins les plus torturés que l'homme droit ait à accomplir.
Le site: http://dencreetdemarbre.blogspot.be/
Les commandes ici: http://pat.khobizart.com/
Les premières critiques:
1) Roger-Philippe, philosophe et écrivain
"D'ENCRE ET DE MARBRE ", premier essai, sur l'art, de Sébastien Boussois, vient de paraître, et se distingue doublement par une "vue plongeante" dans l'âme des œuvres telle qu'elle résonne en nous, et non pas telle que raisonnée par nous; ainsi que par le parti pris, toujours audacieux et ici admirablement mené, de l'absence de ponctuation. D'où une véritable expérience de lecture charnelle, car à la sensibilité esthétique s'ajoute une "pneumologie". Comme j'aime cette absence de ponctuation ! Elle oblige le lecteur à rentrer dans la phrase de l'auteur et donc à le lire d'en dedans... Cela force à respirer avec l'auteur, à être plus que son lecteur, à être sa voix, son tempo, son souffle ! Valéry a écrit que " la forme fait le fond ". La forme non ponctuée de ce livre nous implique dans une lecture plus profonde, car nécessairement plus attentive aux pauses, et plus intuitive quant au rythme intérieur qui préside au sens et à la mélopée. En nous mettant en demeure d'aller chercher sa respiration dans la matière de sa phrase, Sébastien Boussois nous conduit à habiter pleinement dans son texte, et à recréer plus intimement encore avec lui les représentations artistiques ( qu'est-ce en effet que la dilection esthétique, sinon une perpétuelle recréation de l'œuvre dans sa "présentation" à nous ? ). Cet essai de maître, c'est une lecture corps à corps, un dialogue entre souffles qui fait sens et fait battre le cœur. L'auteur insuffle en nous plus que ses mots, ses pensées, ses émois; il nous donne à lire son corps vivant écrivant. Voilà donc un livre qui inspire, au double sens du Logos et de la Pneuma, la double face cosmique et physique de l'esprit. Dans sa quête du Beau, Sébastien Boussois par cet opus rare et mantique nous conduit à éprouver un état de possession, puisque pour en lire les pages sans signes il faut se laisser envahir par son sens, par le son que rend son sens, cette "signifiance" que Julia Kristeva définit comme " le sens sensuellement produit ". Dès lors le livre relève brillamment son défi et tient sa promesse de parler des œuvres d'art sans en "chercher" le sens mais en leur "donnant" du sens, un sens vital... On entre dans la contemplation, qui est un état supérieur de la vérité, à la fois une métaphysique et une méta-esthétique. Lire "D'encre et de marbre" c'est ainsi, par le commun respir du lecteur et de l'auteur dans la phrase sans ponctuation mais non sans intonation, voir exaucée par nous la prière qu'adresse Dante à Apollon dans les premiers vers de la "Divine Comédie", pour qu'il lui donne l'inspiration créatrice en lui insufflant son Esprit : " Ô bon Apollon, entre dans ma poitrine, et souffle "..."
Sébastien Boussois souffle en nous son art sans virgules ni point-virgules mais qui au point du jour de l'Esprit pointe déjà vers le Beau
2) Michel Robert, écrivain
Une toile donne. Une impression fugace, un sentiment de plénitude, une rage d'explosion, une référence à soi, une évasion d'amour, un envol surtout.
"D'encre et de marbre" est un livre étonnant . Fait d'une écriture courte et puissante, le livre donne ce qu'il y a sur la toile. Il dit: regardez, voilà ma vision. Voilà mon regard. Voilà ma sensation.
Sans point, sans virgule, sans la contingence d'une quelconque grammaire. Le lecteur est ici spectateur. Il ne lit pas, il voit. Il voit ce que voit l'auteur. Une douzaine de toiles de grands maîtres sont ainsi prises en flagrant délit de liberté récréative. Voir à travers l'écriture, sans lire. Un miracle que Sébastien Boussois nous donne. Merci à lui.
"D'encre et de marbre" est un livre étonnant . Fait d'une écriture courte et puissante, le livre donne ce qu'il y a sur la toile. Il dit: regardez, voilà ma vision. Voilà mon regard. Voilà ma sensation.
Sans point, sans virgule, sans la contingence d'une quelconque grammaire. Le lecteur est ici spectateur. Il ne lit pas, il voit. Il voit ce que voit l'auteur. Une douzaine de toiles de grands maîtres sont ainsi prises en flagrant délit de liberté récréative. Voir à travers l'écriture, sans lire. Un miracle que Sébastien Boussois nous donne. Merci à lui.
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