SAUVER LA MER MORTE, UN ENJEU POUR LA PAIX AU PROCHE ORIENT ? APPROCHE POLITIQUE, GEOPOLITIQUE ET DE COOPERATION AUTOUR DU RED DEAD SEA CANAL
Par Sébastien Boussois
Colloque CCMO AVRIL 2011
L’idée de cette communication est de montrer en quoi l’idée du sauvetage de la Mer morte, a permis à Israël de mobiliser toute la communauté internationale, de la Banque mondiale aux Etats, en passant par les laboratoires d’ingénieurs mais aussi les sociétés impliquées dans le futur projet du Red Dead, alors que sa priorité semblerait avant tout de construire un canal d’eau qui lui permettrait d’augmenter en premier lieu ses capacités en eau douce, de construire les fameuses usines de désalement « avenir de la production d’eau » dans la région, de construire des usines hydro-électriques, et s’il restait de l’eau en bout de course de l’amener effectivement à la Mer morte avec toutes les incertitudes et les aléas pour l’écosystème d’un mixing eau mer morte-eau mer rouge.
Si les Israéliens sont partie prenante dans le projet Red Dead, ils doivent poursuivre une coopération qui ne peut pas être directement politique pour eux pour les raisons que nous expliquerons (idéologie sioniste, rapport à l’eau et aux sciences et technologies, occupation et détournement du Jourdain), mais scientifique, économique et écologique. En effet, la solution ultime reconnue par une partie des scientifiques spécialistes, des ONG engagées sur le sujet, semble être la réouverture du Jourdain sous contrôle depuis 1948 par Israël. Or, les Israéliens, à commencer par les Ministères concernés ne peuvent pas concevoir de « libérer » le Jourdain. On construirait donc un projet coûteux le Red Sea Dead Sea Canal, à risques environnementaux pour de mauvaises raisons et en tout cas pas en priorité au nom du sauvetage de la Mer morte.
Ce projet pose un problème majeur de coopération politique au niveau régional. En effet, il semble que les Jordaniens jouent un double jeu en préparant un projet de canal séparé, alors que pourtant déjà, ils ne semblent déjà jurer que par le désalement pour résoudre leurs problèmes d’eau. Quand aux Palestiniens, ils sont victimes de la pénurie d’eau organisée, alors qu’ils disposent des plus grandes réserves en Cisjordanie de la région. Leur rejet du RSDSC et leur proposition d’une étude et solution alternative est intéressante car elle symbolise pour eux leur refus d’entériner l’occupation du Jourdain par ce Canal, qui entraînerait déplacements de populations bédouines et palestiniennes, impossibilité du droit au retour sur cet espace, maintien de l’empowerment israélien sur l’eau.
Dans cette communication, on tentera de montrer enfin comment la question de l’eau est devenue une question politique au fil des années pour les gouvernants de la région, comment la Mer morte est en soi un concept politisé, et comment la seule solution pour son avenir serait une solution politique, une coopération active régionale, et l’inscription de ce projet dans une logique de peace-impact. Il faudrait alors que le sauvetage soit un préliminaire à toute réflexion globale sur l’eau dans la région, avant toute reprise du processus de paix, et plus qu’un simple alinéa dans le chapitre politique de la question de l’eau dans les négociations. A ce prix, la Mer morte, peut devenir un symbole mondiale de coexistence pacifique, si l’on parvenait à la classer au patrimoine mondial de l’UNESCO et y réaliser comme certains y pensent une biosphère unique au monde, voire une « Valley of peace » loin de toutes les propositions actuellement envisagées.