"C’est en 1956, il y a donc un demi-siècle, que vous rencontrez pour la première fois Maxime Rodinson ?
J’avais 23 ans. Je m’en souviens très bien, car nous étions au cœur des « évènements » en Algérie, en plein dans la question des nationalismes, de la position du Parti Communiste Français à ce sujet. L’un de mes amis qui était étudiant à Dijon, Aziz Ben Miloud, le connaissait personnellement. Comme la question agitait le milieu estudiantin, il m’a proposé alors avec d’autres amis qui le voyaient aussi, Azzedin Embarek et Mohamed Salah Sfia, de le rencontrer. Je savais déjà tout ce qu’il avait fait…A cette époque, les chercheurs étaient surtout des islamologues qui avaient tendance à absolutiser l’intervention du facteur religieux dans la vie politique des pays arabes. Nous avions deux recours à l’époque contre cette toute puissance religieuse : Claude Cahen2 et Maxime Rodinson. Nous étions laïcs et donc favorables à une sécularisation de la société, il nous était naturel de nous tourner vers ce genre d’intellectuels pour nous informer. Nous ne connaissions que l’Afrique du Nord, Rodinson tout le Moyen-Orient.
Et pourquoi ne pas rencontrer Jacques Berque ?
Nous avions une certaine distance à son égard. Il réduisait beaucoup la réalité au simple mouvement des idées, aux symboles et aux croyances. On avait besoin de scientifiques, dans une génération où la base du marxisme avait encore énormément prise. A cette époque, j’étais déjà mi-clandestin. Recherché depuis fin 1955, cela s’est arrêté en 1956. C’est cet hiver là que j’ai rencontré Maxime. Le café où on s’est rencontré n’existe plus. Le Grand Cluny, était à l’angle des boulevards Saint-Michel et Saint-Germain. Dans la salle du haut, on y trouvait beaucoup d’enseignants qui venaient écrire. De gauche comme de droite. Maxime était venu nous rencontrer là, comme un camarade et non comme un professeur. "
Mohamed Harbi sera un proche conseiller du Président algérien Ben Bella, le premier de l’indépendance, après avoir participé entre autres aux premières négociations d’Evian en 1962. Après avoir milité activement au sein du FLN et en avoir été le Responsable de la commission de presse à Paris en 1957, il retournera en Algérie, où il dirigera successivement le cabinet du ministre des Forces armées du FLN, les relations avec les pays de l’Est sous le mandat du ministre des affaires étrangères Krim Belkacem. Après le coup d’Etat de Boumédiène, Mohamed Harbi est arrêté, s’évade et bascule dans la clandestinité pour rejoindre la France.
Sébastien Boussois est docteur en sciences politiques, conseiller scientifique et policy advisor chez ForMENA (Bruxelles), chercheur associé au CJB(Rabat/ Maroc) et au REPI (Université Libre de Bruxelles), enseignant en relations internationales, et consultant Moyen-Orient.Il est par ailleurs président du CCMO, le Cercle des Chercheurs sur le Moyen-Orient, écrivain, auteur de nombreux ouvrages, et éditeur. Analyses et services Contact: boussois@yahoo.fr ou 0032 (0) 476 580 677
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