mercredi 2 novembre 2011

VIENT DE PARAITRE SUR www.grotius.fr par Sébastien Boussois

« La libération du soldat Shalit et la diplomatie aux succès de courte durée »

C’est une première dans la longue litanie des relations israélo-palestiniennes qu’en échange de la libération d’un prisonnier israélien, l’Etat hébreu accepte celle de plus de 1.000 détenus palestiniens – 1.027 exactement, dont 60% proviennent des rangs du Hamas et le reste du Fatah ou d’autres formations comme les Brigades des martyrs. Il est étonnant qu’un premier ministre israélien Benjamin Netanyahou déjà affaibli ait accepté un tel deal, après sa campagne ratée contre l’initiative de Mahmoud Abbas de demander aux Nations unies en septembre dernier la reconnaissance de l’Etat palestinien.

Affaibli, le Premier ministre israélien l’est incontestablement non seulement à l’extérieur de son pays, mais également et probablement plus durablement à l’intérieur même de l’Etat hébreu, après les plus grosses manifestations économiques et sociales que le pays a connu dans son histoire. Lui dont on croyait qu’il ne ferait jamais aucune concession. Et puis n’a t-il pas gardé dans ses geôles les figures les plus importantes de la lutte palestinienne ?

La libération du soldat franco-israélien Gilad Shalit, fruit de négociations entre le Hamas et Israël avec la médiation de l’Egypte et faisant suite à plus de 120 réunions des parties concernées, intervient au moment même où l’actualité était plutôt centrée sur le Fatah, le parti de Mahmoud Abbas. On aurait pu croire le président palestinien renforcé après son succès aux Nations unies et celui d’avoir été jusqu’au bout de son action malgré les pressions politiques. Pourtant, quelques semaines après, c’est le Hamas qui revenait dans la course diplomatique. C’est le signe du retour évident du mouvement islamiste dans le jeu des négociations entre Israël et l’Etat palestinien. On savait la réconciliation entre les deux factions du camp palestinien engagée depuis le 4 mai 2011. Or l’on constate, avec ses deux succès diplomatiques , que les dirigeants politiques palestiniens parlent encore séparément. Si le Hamas n’a pas cautionné l’action internationale d’Abbas, le Fatah, lui, a profité des conséquences favorables de la libération des prisonniers palestiniens dont une partie rentrait à Gaza et l’autre en Cisjordanie.

Le rapport d’un prisonnier libéré pour mille soulève une autre question : pourquoi le Premier ministre israélien a-t-il renforcé le Hamas au détriment du Fatah et donc indirectement cautionné la lutte armée ? L’aile droite de la classe politique israélienne s’en est indignée, craignant que les prisonniers palestiniens libérés ne deviennent de nouvelles bombes humaines et sèment de nouveau la terreur dans le pays. Après la joie de la libération du sergent Shalit, il y a fort à parier que l’aile radicale sécuritaire du gouvernement israélien ne surfe sur la vague de la menace pour demander un maintien du budget de la défense malgré les protestations des Indignés israéliens qui réclamaient le retour de l’Etat providence et plus de protection sociale. La situation arrangerait-elle Netanyahou ? Les médias se posent la question, notamment Yediot Ahahronot et le conservateur Jerusalem Post qui ne comprend toujours pas pourquoi Israël a – pour reprendre son terme – « capitulé »[1] devant le Hamas.

Les protestations dans le camp israélien dépassent le cadre de la menace. Elles soulèvent l’idée que la prise d’otage puisse devenir un commerce rentable pour les Islamistes. Des propos qui reposent sur la crainte que le pacte israélo-palestinien engendre de nouveaux enlèvements, au vu de la haute « rançon » qu’ils peuvent générer. On peut toutefois imaginer que le prévoyant Benjamin Netanyahu a exigé des engagements fermes du Hamas pour que cela n’advienne pas. Resterait à savoir si le Hamas les respectera.

Il fallait sauver le soldat sacralisé Shalit. Il était le seul prisonnier israélien détenu en territoire palestinien. C’est certainement pour cela qu’il est devenu une sorte d’icône, un symbole très fort au bout de cinq années, à la fois d’un soldat israélien détenu et de la colonisation. Parce que de manière plus générale, l’armée, premier corps de défense du pays, est un symbole capital en Israël, autant qu’un outil majeur de protection de l’Etat depuis 1948. Le service militaire dure trois ans pour les garçons et un an et demi pour les filles, et depuis 1967, les soldats prêtent serment au Mur des lamentations. Au sein d’Israël, Tsahal reste auréolée du plus grand des prestiges, en dépit de certaines défaites (au Liban en 2006 et à Gaza en 2008 par exemple où elle n’était pas parvenue à libérer Shalit).

Le Hamas en était à son premier succès. Puis, trois ans plus tard, vient la seconde victoire. Israël détenait 5.000 Palestiniens avant le pacte. Le Hamas a donc « payé » 100% de ses prisonniers en libérant Gilad Shalit, alors qu’Israël n’a relâché que 15% de ses détenus. Mais les choses auraient été sûrement différentes, si Israël avait relâché seulement Marwan Barghouti, le symbole de la jeune génération politique palestinienne du Fatah, plutôt que les 1027 détenus anonymes pour crimes de droit commun et crimes de sang. Le symbole n’en aurait été que plus fort. Tel-Aviv détient toujours son prisonnier le plus important. Celui que certains surnomment le Mandela palestinien et qui représentait l’avenir palestinien et le digne successeur de Yasser Arafat.

A la place, et parce que Barghouti est en prison sans aucun procès légitime, les Palestiniens ont eu droit à un président faible et sans charisme, donc plus manipulable après la mort du raïs en 2004 : un Mahmoud Abbas qui n’est parvenu à presque rien si ce n’est son coup d’éclat de septembre déjà étouffé par le succès du Hamas dans la libération de Shalit. Et si, là, Netanyahou n’avait pas tout à fait tout perdu?

[1] http://www.ynetnews.com/articles/0,7340,L-4134431,00.html

jeudi 8 septembre 2011

VIENNENT DE PARAITRE LES ACTES DU PREMIER COLLOQUE DU CCMO, "LE MOYEN ORIENT A L'AUBE DU PRINTEMPS ARABE"

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Le Moyen-Orient traverse une phase de bouleversements inédits dans son histoire. Au nom d’une démocratisation trop longtemps retardée, des sociétés du monde arabe sont parvenues à renverser leurs dirigeants, pour certains en place depuis près de 40 ans. Ces sociétés sous tension ont prouvé au monde qu’elles étaient enfin prêtes à prendre en main leur destin. Pourtant, pendant des décen- nies, une chape de plomb s’est abattue sur nombre d’entre elles, incapables d’assurer la relève politique et la transition démocratique.

Le premier colloque du CCMO, dont sont issues ces contributions, donne la parole à une dizaine de jeunes chercheurs. Il a sou- haité se concentrer sur plusieurs thématiques récurrentes et reflet des difficultés que traverse la région : les tensions politiques qui persistent (Liban, Syrie et Territoires Palestiniens), les constructions et reconstructions permanentes (Liban, Égypte), l’influences des sphères locales et internationales (Turquie, Israël, Palestine).

Le Cercle des Chercheurs sur le Moyen-Orient a ainsi voulu apporter un regard neuf sur une partie des pays concernés par le Printemps arabe, et de manière plus globale sur une région straté- gique du monde dont on désespérait du changement, et pour qui le nouveau siècle semble s’être ouvert un beau jour de décembre 2010 en Tunisie.

vendredi 2 septembre 2011

PARU SUR GROTIUS

Les racines de la contestation sociale en Israël

Avec l’éclatement du printemps arabe, début 2011 loin de ses frontières et de son continent, le gouvernement israélien n’avait rien pour être rassuré, lui qui reste persuadé que tous les Arabes veulent encore jeter tous les Juifs à la mer et qui craint pour l’existence du pays. En effet, le premier Ministre Benjamin Netanyahou savait bien que la sécurité du pays pourrait être rapidement remise en cause si le mouvement se poursuivait au Machrek. Ce fut le début d’une sérieuse inquiétude, en premier avec l’agitation égyptienne sur la place Tahrir au Caire le 25 janvier dernier, puisque le pays est le seul avec la Jordanie à être en paix avec l’Etat hébreu.

Mais jamais Benjamin Netanyahou n’aurait cru que la grogne viendrait de l’intérieur même d’Israël. En effet, la révolution égyptienne n’avait pas encore porté ses fruits, la révolte s’étant tassée en Jordanie après les premières réformes économiques du roi Abdallah II, et Bachar Al Assad encore au pouvoir massacrant son peuple, qu’une poignée d’israéliens plantait ses tentes à Jérusalem et Tel Aviv à la manière des Indignés des pays occidentaux pour protester contre le coût de la vie en Israël. La démocratie semblait renaître en Israël alors que le gouvernement faisait passer encore au début de l’été des lois discriminatoires contre les organisations pacifistes de gauche qui voyaient leurs subventions supprimées.

L’erreur des politiques successives en Israël a été de croire que le danger ne pourrait venir à chaque fois que de l’extérieur. Or, il n’en est rien, et le mouvement était prévisible. En effet, près d’un tiers des Israéliens se trouve en dessous du seuil de pauvreté, alors que la cohésion des 7 millions d’individus qui vivent au cœur du pays se fissure doucement mais sûrement. Jamais la politique de défense et l’orientation massive du budget national à destination de la sécurité n’a été remise en cause alors que même en 2008, le débat autour de la revalorisation des pensions des rescapés de la seconde Guerre mondiale dans les camps faisait rage à la Knesset, après la parution d’un rapport du Contrôleur de l’Etat en 2007, accablant pour les gouvernements successifs. Selon l’association israélienne Latet, 80 000 rescapés des camps vivent en dessous du seuil de pauvreté.

La politique de défense pouvait encore moins être remise en cause avec l’enracinement d’un gouvernement de droite et d’extrême droite au pouvoir depuis maintenant dix ans. Et cela tient aux racines profondes dans la conscience et l’inconscient israélien de la perception sécuritaire de l’espace national sanctuarisé. Avec la « situation » palestinienne, l’avènement du « hamasthan » à Gaza, la poursuite de la construction du Mur, et du dôme d’acier destiné à protéger les ressortissants israéliens des roquettes tirées par le Hamas de Gaza et le Hezbollah du Liban Sud, le gouvernement israélien a largement négligé sa politique sociale. Et personne ne l’a contesté à part quelques franges gauchistes et ce qui reste du parti travailliste qui, il faut bien l’avouer, n’ont plus aucun poids en Israël depuis l’échec des négociations de Camp David II en 2000.

Tout vint de l’intérieur

Mais à partir de juillet dernier, les manifestations ont commencé à se multiplier partout en Israël pour protester contre ces choix, à tout le moins stratégiques, mais suicidaires pour la propre société que le gouvernement coalisé administre. Tout a commencé par la grogne contre la hausse du prix du fromage « cottage », à la base de la nourriture israélienne, et dont le prix avait doublé en quelques jours sur décision du syndicat des producteurs. On parla de révolution du « cottage cheese » dans la presse.

Puis les étudiants entrèrent dans la bataille pour contester partout dans le pays, le prix des loyers devenus inaccessibles. En un an, les loyers ont bondi de 30% à Tel Aviv et près de 20% à Jérusalem. On contestait ainsi à Jérusalem par exemple, la politique des bas taux d’emprunt et d’accessibilité à la propriété pratiqués par les banques et soutenu par des mesures gouvernementales et qui fit exploser le nombre de propriétaires loueurs. Devenus plus puissants, ils pratiquèrent alors des prix de plus en plus prohibitifs et certains n’ayant même plus besoin de louer pour amortir leur achat, l’offre se réduisit cruellement face à la demande. Enfin, et probablement le plus important, les « indignés » israéliens furent rejoints symboliquement et politiquement par toute une frange de la population qui contestait vivement les choix du gouvernement en matière de protection sociale et de subventions diverses.

Un pays riche de pauvres

Le paradoxe dans ce pays est qu’il détient une économie florissante mais qui n’est contrôlée que par une trentaine de familles. Le reste de la population se paupérise, à commencer par les ultra-orthodoxes, pourtant soutenus par l’Etat, mais qui ne travaillent pas, ne font pas de service militaire, et sont devenus une caution morale et religieuse pourtant contraires aux principes originels du sionisme laïc.

Puis les manifestants qui furent près de 400 000 début août dans tout le pays poursuivirent leur contestation en dénonçant également le financement de la colonisation dans les Territoires, qui n’a eu de cesse de se poursuivre et de faire reculer un peu plus chaque jour, l’aboutissement d’une négociation concertée pour une paix juste et durable avec les Palestiniens. Depuis 1967 et la guerre des Six Jours, un colon des territoires coûte deux fois plus cher à l’Etat qu’un Israélien vivant dans les frontières : coût économique lié à la construction des implantations, aux systèmes d’infrastructures de défense, de construction de route de contournement, et de sécurisation de l’espace par les militaires de Tsahal.

Depuis, Netanyahou a créé une commission spéciale rattachée au gouvernement destinée à prendre des mesures d’urgence en matière sociale. Mais la déstabilisation de la frontière égyptienne, les attaques à Eilat fin août, et la reprise du cycle attentat/ représailles dans le sud du pays et à Gaza pourrait bien donner raison aux membres sécuritaires de l’establishment qui ne voudront rien lâcher du budget de la défense, comme si cette reprise de la violence tombait à point nommé.

En attendant, les Israéliens poursuivent leurs manifestations, mais trouvent moins d’écho dans les tribunes des journaux que ceux qui défendent férocement la sécurité du pays. Comme s’il ne pouvait y avoir de juste milieu. L’avenir proche devrait déterminer l’avenir du gouvernement israélien s’il reste autiste, mais Netanyahou ne semble pas décider à faire de choix. Le plus important est ailleurs. Le Printemps et l’été arabe ont eu un impact énorme au cœur de l’Etat hébreu: les Israéliens se sont enfin dits, après dix ans ou presque de quasi-disparition de l’opposition que si les Arabes peuvent changer leur destin, eux aussi pouvaient en faire autant, et qu’il n’y a plus de fatalité à l’impasse sécuritaire et économiquement dramatique dans laquelle ils vivent. Si la droite coalisée à l’extrême-droite ne prend pas bien le virage, une nouvelle force d’opposition pourrait enfin faire renaître l’espoir chez les gens de gauche et permettre ainsi un retour d’une politique plus modérée : un espoir avant tout pour l’amélioration du niveau de vie des Israéliens dans leur ensemble et un espoir externe également pour la relance du processus de paix avec les Palestiniens. Il en va de la bonne santé de la démocratie israélienne.

mercredi 24 août 2011

VIENT DE PARAITRE DANS LA COLLECTION "REPORTAGES" aux éditions du Cygne

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VIENT DE PARAITRE DANS LA COLLECTION "REPORTAGES" aux éditions du Cygne

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VIENT DE PARAITRE DANS LA COLLECTION "REPORTAGES" aux éditions du Cygne

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VIENT DE PARAITRE

La question des enjeux de l'armement et du désarmement nucléaires s'insère dans une actualité diplomatique et stratégique très dense. Depuis la fin de la guerre froide, d'anciens officiers et des hommes politiques toujours plus nombreux ont publiquement remis en cause le rôle des armements nucléaires, contribuant ainsi à une évolution de l'opinion publique. En avril 2009, le président Barack Obama a également renforcé les espoirs en matière de désarmement lors de son fameux discours de Prague sur un monde sans armes nucléaires. Ces mêmes espoirs furent encore consolidés par la signature, le 8 avril 2010, d'un nouveau traité START (Strategic Arms Reduction Talks), entre les États-Unis et la Russie. Parallèlement, d'autres voix se sont fait entendre pour le maintien des arsenaux nucléaires parmi les États détenteurs.
Sans prétendre à l'exhaustivité, le présent ouvrage vise à analyser le problème des armements et du désarmement nucléaires du point de vue euro-atlantique. À cet effet, il rassemble les contributions de chercheurs, de politiciens et de fonctionnaires internationaux.


Enseignant et chercheur en sciences politiques, Sébastien Boussois est associé à l'IEE à l'Université Libre de Bruxelles et au Centre Benveniste (EPHE Sorbonne). Président du Cercle des chercheurs sur le Moyen-Orient (CCMO) à Paris, il est également spécialiste de la question israélo-palestinienne et collabore à de nombreuses revues, dont Moyen-Orient.

Christophe Wasinski est docteur en sciences politiques (relations internationales), maître d'enseignement aux Facultés Notre-Dame de la Paix de Namur et à l'Université libre de Bruxelles, où il enseigne l'histoire des idées politiques, l'histoire des relations internationales et les questions de désarmement.

VIENT DE PARAITRE

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http://www.grotius.fr/«-israel-l’enfer-du-decor-dix-ans-de-radicalisation-»/

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Sébastien Boussois publie aux Editions du Cygne «Israël : l’enfer du décor – Dix ans de radicalisation ». Avec l’autorisation de l’auteur et de l’éditeur, nous publions l’introduction de l’ouvrage.

Le « Printemps arabe » n’est pas qu’un printemps des peuples du Maghreb au Machrek. Il aura une incidence majeure sur l’évolution des relations internationales et notamment des rapports de force entre occident et orient pour les années à venir. Jusqu’à il y a encore quelques semaines, le Proche-Orient avait la lourde réputation de demeurer un éternel archipel d’îlots instables. Il semblerait que la réalité d’une région qui aspire à la démocratie s’éloigne progressivement de l’image véhiculée jusque là. Devrait-on rappeler pourtant que la majeure partie de ces régimes monarchiques ou dictatoriaux cautionnés par les Occidentaux, assuraient jusque là une stabilité intérieure unique, reflet de régimes sclérosés ? Faut-il être inquiet de cette phase de transition ? Le mouvement semble irréversible.

Du Maroc au Liban, de la Tunisie à l’Égypte en passant par l’Iran, les sociétés civiles arabes muselées pendant des décennies s’organisent et tendent désormais à entrer dans un processus durable de résistance et d’aspirations à la liberté et à la démocratie. Ces sociétés qui ont souffert de leurs dirigeants apparaissaient dans l’espace public mondial via les marges comme les réfugiés politiques ou les dissidents mais aussi par des classes moyennes en pleine émergence. Désormais, ils ressurgissent dans l’espace public par les mouvements de masse depuis trois mois. Intellectuels, artistes et figures d’opposition s’organisent contre le pouvoir en place dont la révolution de Jasmin et celle de la place Tahrir n’étaient que les prémisses. Désormais, le Yémen, la Libye et la Syrie s’embrasent sous les coups d’une répression sanglante.

Israël, regarde avec inquiétude le bouleversement de son environnement régional et particulièrement les deux pays avec lesquels il a signé une paix froide : l’Égypte et la Jordanie mais aussi la Syrie qui possède une grande capacité de nuisance via le Hamas palestinien et le Hezbollah libanais.

En Israël, le lent affaissement de la gauche et l’enracinement de la droite et de l’extrême droite dans le paysage politique reflètent un bouleversement majeur depuis l’échec des négociations de Camp David en 2000. Sébastien Boussois a commencé à étudier la société israélienne en 2000 au moment même du déclenchement de la seconde Intifada sur l’esplanade des mosquées le 29 septembre. À travers ses voyages, il a pu observer la radicalisation progressive de la société israélienne : du lent effondrement du camp de la paix jusqu’à la remise en cause de la politique sioniste en Israël. Au delà de la persistance des menaces extérieures et de la création de nouvelles, comment Israël peut il assurer sa sécurité et la pérennité d’un État à caractère juif et démocratique tout en préservant une cohésion sociale menacée?

Parce que la gauche n’a jamais apporté la paix, parce que la droite a su faire des concessions exemplaires, parce que le camp de la paix a été accusé de soutenir encore et toujours une autorité palestinienne qui n’aurait jamais voulu la réconciliation, l’auteur montre que malgré tout cela, il existe encore des raisons d’espérer un retour à la modération côté israélien, et que des franges actives de la société oeuvrent encore chaque jour malgré l’acharnement de leurs détracteurs à parvenir à une paix juste et durable avec les Palestiniens: ce sont les pacifistes, les historiens et certains intellectuels en guerre contre la droite et l’extrême-droite coalisée.

Ces deux sociétés qui ne peuvent actuellement plus se voir, cachées l’une de l’autre par un mur de huit mètres de haut auront tôt ou tard la nécessité de se reparler, de se reconsidérer à nouveau. La dernière initiative en date d’une poignée d’intellectuels, pacifistes contre leur gouvernement et pour une « Initiative de Paix Israélienne », l’IPI, reprenant notamment le plan de paix arabe proposé par la Ligue arabe en 2002 est un exemple. Israël doit se sauver de lui-même. Ce salut ne viendra que de l’intérieur de sa société.


«Le gouvernement israélien n’est prêt à aucune concession»

Le chercheur Sébastien Boussois* analyse pour Le Soir échos le projet de demande de reconnaissance d’un Etat palestinien déposé aujourd’hui auprès des Nations Unies. L’initiative vise à être discutée lors de la prochaine Assemblée générale de l’ONU, en septembre.

Face au blocage des négociations avec Israël, une demande d’adhésion de la Palestine va être déposée à l’ONU. Quelle est la portée politique d’une telle requête ?
La décision de l’Autorité palestinienne fait suite à plusieurs années de réorganisation du pouvoir interne et de mise en place des outils pour un futur Etat palestinien indépendant sur les lignes de 1967, par l’action de Salam Fayyad, l’actuel Premier ministre. La réconciliation avec le Hamas -sincère ou d’intérêt- était indispensable pour que la demande de Mahmoud Abbas puisse refléter le désir d’une majorité. La portée politique d’un tel acte est forte à trois égards : du président palestinien à l’égard du Hamas afin de rappeler qu’il reste le chef ; des Palestiniens à l’égard des Israéliens qui n’en peuvent plus de la colonisation permanente et croissante depuis 20 ans ; et enfin des Palestiniens à l’égard de la communauté internationale qui bien que médiatrice, via les USA et le Quartet, ne parvient pas à contenir la montée extrémiste du gouvernement de Netanyahou et de Liebermann. Malgré une apparente volonté de dialogue, ce gouvernement n’est encore prêt à aucune concession.

Cette demande a-t-elle une chance d’aboutir ? Va-t-elle servir à relancer les négociations avec Israël ?
A priori, la pression contre les USA pour qu’ils posent leur droit de veto devrait malheureusement l’emporter et réduire à néant la volonté palestinienne. Alors que l’on croyait que l’administration Obama-Clinton parviendrait à relancer les négociations, elle n’est allée que d’échec en échec, devant les refus successifs du Premier ministre de ralentir ou stopper la colonisation des Territoires. Ce qui est intéressant, c’est que de plus en plus de pays, membres de l’ONU, font le processus de reconnaissance. Peut-être qu’alors, la vraie question reviendra : celle de donner plus de poids aux puissances émergentes au sein du Conseil de sécurité, et de reconsidérer l’évolution de la géopolitique mondiale en faisant de l’ONU un instrument plus démocratique. Est-il normal que la Palestine ne voit pas le jour juste parce que les USA en ont décidé ainsi ?

Le Printemps arabe a-t-il changé la donne pour la reconnaissance d’un Etat palestinien ?
En quelque sorte oui et indirectement. Un changement peut venir de cette nouvelle dynamique qui se crée en Israël depuis quelques semaines. Les Israéliens ne supportent plus que tout soit investi pour la sécurité : un tiers vit en dessous du seuil de pauvreté et beaucoup ne peuvent plus se loger ni nourrir leur famille. Après la manifestation du 15 juillet à Jérusalem pour la reconnaissance d’un Etat palestinien, et après les manifestations nationales qui ont regroupé le week-end dernier près de 150 000 Israéliens, on pourrait assister à une renaissance de la gauche, une gauche sociale et plus soucieuse du quotidien des Israéliens.

Selon vous, ce mouvement pourrait donc bénéficier à la Palestine ?
En cela, le Printemps et l’été arabe ont eu un impact énorme en interne: les Israéliens se sont dits « Si les Arabes peuvent changer leur destin, nous aussi, et il n’y a plus de fatalité à l’impasse sécuritaire et économiquement dramatique dans laquelle nous vivons ». Si la droite coalisée à l’extrême-droite ne prend pas bien le virage, il se pourrait qu’une nouvelle force d’opposition puisse faire renaître l’espoir : un espoir interne pour l’amélioration du niveau de vie des Israéliens et un espoir externe pour la relance du processus de paix avec les Palestiniens.◆

* Sébastien Boussois est chercheur post doctorant à l’Université Libre de Bruxelles et au Centre Benveniste (EPHE Sorbonne), spécialiste de la question israélo-palestinienne et auteur de «Israël, l’enfer du décor, dix ans de radicalisation» (éditions du Cygne, Paris, 2011).

Céline Girard