samedi 8 décembre 2012

Paru sur le site grotius.fr


La guerre contre l’Iran a-t-elle déjà échoué?

La guerre des étoiles des années 1980 entre l’URSS et les Etats-Unis et la relance des armements avaient fini par faire « pschitt » : fort heureusement, il n’y eut jamais de troisième guerre mondiale…
La montée des tensions politiques mais surtout médiatiques entre Israël et l’Iran relève presque d’un scénario similaire de blockbuster américain. La campagne de communication lancée par l’Etat d’Israël depuis deux mois contre le danger iranien et les menaces nucléaires qui seraient fin prêtes à être mises a exécution courant octobre s’apparente de plus en plus à un coup de bluff.
Tous les ingrédients d’un film d’espionnage et d’action du temps de la Guerre froide y sont : deux pays puissants que tout oppose, clivages idéologiques et culturels monstres, menace de masse par le fait d’armes non-conventionnelles et de destruction massive, échec des diplomaties de couloir pour trouver une solution à l’amiable, déséquilibre des partitions avec un pays détenteur qui n’a jamais été autorisé à posséder l’arme nucléaire mais que l’on tolère et un que l’on interdit totalement, contexte géopolitique régional tourmenté, risque d’embrasement « mondial » annoncé, personnalités extrêmes des deux protagonistes Benjamin Netanyahu et Mahmoud Ahmadinejad coincés par le pouvoir qui semble les téléguider vers le clash, inquiétudes internes sur l’irresponsabilité des gouvernants et la capacité de ces derniers à protéger leur population en cas de guerre ouverte.
Le climax a été atteint début septembre au moment même où après l’Etat major, l’opinion publique, l’opposition israélienne, la communauté internationale, ce fut le Président Shimon Pérès qui se déclara contre toute intervention unilatérale hasardeuse et solitaire de l’Etat hébreu contre l’Iran. Il ne restait plus que le quatuor accordé Netanyahou-Ovadia-Barak-Lieberman, perdu au sommet de l’Etat, pour continuer l’opération de menace. En réalité, cette question récurrente d’une guerre entre Israël et l’Iran date des années 1990. Elle fut brandie à maintes reprises entre les deux anciens alliées. Elle aurait peut être été possible à une autre période, mais aujourd’hui, elle paraît tout sauf réalisable et à même d’être un succès.
Il y a trois raisons majeures à cela : l’Iran n’est pas l’ennemi que l’on imagine, il n’en a même pas la force ni la solidité et probablement pas la volonté s’il ne se sent pas menacé et porté au ban des Nations ; Israël est déconnecté de la nature des conflits d’aujourd’hui et ne gagne plus de guerre depuis bien longtemps ; enfin l’enjeu des élections américaines de novembre est le gage quasi-certain qu’Obama maintiendrait le statu quo et ne menacerait pas sa réélection dans une aventure à risques contre un nouveau pays musulman.
La volonté iranienne de produire du nucléaire militaire n’est pas plus avérée
que la présence d’armes de destruction massives en Irak en 2003
Rien n’est prouvé à ce jour sur la réalité de la menace ou pas. Le dernier rapport de l’AIEA expliquait en septembre dernier que dans quelques semaines l’Iran aurait réussi à enrichir son uranium à 20% devenant de fait, un outil pour une potentielle constitution de l’arme nucléaire.
Mais rien n’est prouvé des véritables desseins iraniens à l’heure actuelle : nucléaire civil ou militaire [1].« L’idée d’une attaque contre les installations nucléaires iraniennes est évoquée par Israël depuis 1994 mais c’est depuis 2002 que cette option est véritablement étudiée comme possible réponse à la menace d’un Iran nucléarisé. Deux raisons expliquent l’étude du recours à la force contre l’Iran : d’une part, le programme nucléaire iranien connaît depuis 2002 une nette accélération et, d’autre part, l’arrivée au pouvoir de Mahmoud Ahmadinejad a entrainé une plus grande radicalisation du discours », explique Jean-Baptiste Beauchard, doctorant à l’IRSEM et à l’Ecole militaire, auteur avec Sébastien Boussois de Le défi sécuritaire en Israël : mythes et réalités [2].
Au regard de la transformation globale de la région depuis plusieurs mois, la question de la menace iranienne aurait pu rétrograder dans la conscience des politiques israéliens. Or, il n’en est rien, bien au contraire selon Yigal Palmor, le porte-parole du Ministère des Affaires étrangères israélien : « La menace iranienne n’a jamais été la seule. Elle était, et elle reste, la plus importante. Des armes nucléaires aux mains d’un régime intégriste qui sacralise et enseigne l’attentat suicide, qui commet des attentats un peu partout dans le monde, qui martyrise sa propre population et prête main-forte a Assad qui en fait davantage pour la sienne, c’est le cauchemar du Proche et du Moyen Orient tout entier, et bien au-delà. » [3]
Israël est un Etat de plus en plus affaibli
Il est loin le temps où Israël et Iran coopéraient ensemble contre le pouvoir de Saddam Hussein qui possédait des armes chimiques et bactériologiques et bataillait contre son ennemi perse de 1980 à 1988 lors de la première Guerre du Golfe qui fit près d’un million de morts. Les guerres successives menées par Israël depuis plusieurs années n’ont pas eu le résultat escompté par l’Etat-major, et ont donné au pays une image de plus en plus belliqueuse. Mais cela n’est pas un fait nouveau.
En réalité, l’image d’Israël s’est écornée depuis au moins une dizaine d’années, et si l’on en croit un sondage récent de la BBC [4], ce n’est pas prêt de changer : Israël arrive en tête – juste devant le Pakistan, la Corée du Nord et l’Iran – des États les plus mal vus. Son influence est jugée « négative dans le monde » par 49 % des sondés, contre 21 % qui l’estiment « positive ». C’est que le spectacle des bombardements indiscriminés contre le Liban en 2006, puis contre la bande de Gaza 2008-2009, suivis de l’attaque pirate contre la Flottille de la paix  ont soulevé une émotion sans précédent. Il faut s’attacher à la question de la réputation et de l’image d’Israël pour comprendre et appréhender le soutien que l’Etat hébreu pourra obtenir dans le déclenchement d’une nouvelle guerre, contre l’Iran cette fois-ci. Le problème essentiel pour le gouvernement israélien réside donc dans son isolement pour mener une telle guerre et donc en la légitimité de son action aux yeux de la communauté internationale mais également en le risque de déstabilisation globale de la région.
En effet, anciens généraux, Etat-major, services de sécurité Shabak doutent de l’efficacité d’une intervention aérienne lointaine sur des sites majoritairement éparpillés et enfouis profondément dans le sol, restant indétectables à coup sûr par les satellites et drones du genre. Il suffit enfin d’analyser les capacités militaires d’Israël pour se rendre compte du risque d’échec encouru en attaquant l’Iran. Israël n’est pas doté de la dernière génération de bombes américaines MOP GBU-57A « bunker buster » capables de pénétrer en sous-sol afin de détruire les « fameuses » installations nucléaires iraniennes bunkérisées. Les Américains semblent réticents à vouloir leur fournir voire les utiliser. De toute façon, Tsahal devrait avoir l’appui américain quoi qu’il se passe, pour utiliser ces bombes seules à même de parvenir à l’objectif initial, car elle ne possède pas non plus les avions de combat Northrop Grumman’s B-2 à même de les transporter et de les larguer.
Enfin, Israël n’a pas suffisamment d’avions de ravitaillement en vol Lockheed Martin KC-130 (5) pour réapprovisionner en fuel ses avions de combat F-15s et F-16s alors que les Américains en disposent de près de 80. On comprend alors tout l’intérêt de bases-arrières de ravitaillement comme ce pourrait être le cas en Azerbaïdjan par exemple.
Et si Israël cherchait tout simplement à court-circuiter les USA
ou surtout mettre à mal la réélection d’Obama ?
Les derniers sondages d’opinion en Israël menés par la chaine Channel 10 [5] témoignent encore de l’incertitude des Israéliens: en effet, 46% s’opposent à une guerre unilatérale pendant que 32% se montrent favorables et 22% restent à l’heure indécis. Mais pire  encore: 19% des Israéliens seulement pensent qu’Israël peut attaquer seul l’Iran, contre 42% requérant l’appui logistique et politique des USA. Plus troublant, dans un autre sondage de février 2012 de la  Sadat Chair de l’université du Maryland avec le soutien de l’Institut Dahaf en Israël, 44% des Israéliens pensent qu’a l’issue d’une attaque de Téhéran, le régime dit des Mollahs sortira renforcé, 45% pensent qu’il sera affaibli. Enfin, signe d’une frilosité des Israéliens: 22% pensent que l’opération contre l’Iran durerait des années, 29% des mois, 19% des semaines[6].
Il y a rupture manifeste et croissante entre les Israéliens et leur gouvernement sur le sujet. Mais le premier ministre Benjamin Netanyahou et Ehud Barak, son ministre de la Défense ont battu en brèche les critiques et tiennent bon leur coalition. Ils réfutent même l’idée de la nécessité d’un vote à la Knesset, malgré la gravité de la situation.
Certains parlent d’hystérie collective de la population israélienne depuis que le régime syrien a reconnu pour la première fois posséder des armes chimiques à la mi-août. On va dans la surenchère au point que l’on commence en Israël à réquisitionner des parkings, des garages, d’anciens bâtiments pour servir d’abris en cas de contre-attaque iranienne, et les Israéliens commencent à recevoir de nouveau des masques à gaz en cas de bombardement d’armes chimiques. Un système d’alerte par SMS en cas d’attaque iranienne sur le pays a été mise au point mais toute la population est encore loin d’être équipée (4000 masques distribués par jour). La distribution a commencé gratuitement dans les supermarchés.
Même l’ancien chef des renseignements Uri Saguy condamnait cet affolement instrumenté par le gouvernement: « Il y a une hystérie orchestrée et dont le timing a été planifié pour placer le pays dans un état d’anxiété artificiel ou non » [7] A l’heure actuelle, les chiffres oscillent mais on estime entre 50 et 54% de la population équipée en masques à gaz. Serge Dumont, journaliste israélien pour Le Temps et Le Soirexplique dans un de ses articles : « De l’aveu même de (…) Tsahal, à peine 54% des civils israéliens disposent du masque à gaz qui leur est livré à domicile par la poste. Au rythme où la distribution se poursuit, elle ne sera pas achevée avant 2016 lorsque les filtres de certains de ces masques auront dépassé la date de péremption. » [8] Pour autant, même si inquiète, la population n’a quasi pas manifesté contre cette guerre. Les dernières contestations publiques à Tel Aviv n’ont même pas attiré 200 personnes le 22 août dernier. Comme si la population s’y était déjà fatalement préparée malgré elle.
Pourquoi la guerre est déjà un échec avant même d’avoir commencé… si elle survient.
C’est la première fois de l’histoire qu’un gouvernement se retrouve aussi isolé sur un tel choix stratégique, politique et militaire, En effet, l’impossibilité de la victoire israélienne sans l’appui des Etats-Unis, la capacité de détourner l’attention intérieure des véritables problèmes internes, la relégation de la résolution de la question palestinienne renvoyée aux calendes grecques, ne doivent pas faire oublier une dernière hypothèse expliquant un tel emballement de Tel Aviv : le soutien israélien direct au candidat républicain Mitt Romney pour les élections américaines de novembre.
En effet, les relations entre USA et Israël sont détestables depuis quatre ans et un retour des « croisés » donnerait à coup sûr un aval direct à Israël pour poursuivre sa politique contre l’Iran, sa politique défensive contre ses nouveaux voisins par l’enfermement entre quatre murs, son refus de relancer les négociations avec les Palestiniens sans préalable comme ce leur fut demandé en vain, mais accélérer encore l’occupation des Territoires palestiniens et de Jérusalem-et pour finir d’enterrer un projet d’Etat palestinien, qui sera peu soutenu dans les faits par la droite américaine. Netanyahou sait aussi, qu’une fois réélu, Obama fera tout pour le contraindre cette fois ci à reprendre le chemin des négociations avec les Palestiniens, libéré de l’enjeu de sa réélection.  Tous ces motifs peuvent faire véritablement douter aujourd’hui qu’Israël se lance dans une telle opération suicidaire contre Téhéran qui pourrait faire au minimum 500 morts côté israélien mais surtout qui, selon les propres mots d’Ephraïm Halévy, ancien directeur du Mossad, pourrait provoquer «  une guerre longue de plusieurs générations » [9]avec une société israélienne qui n’en a déjà pas besoin. Une guerre qui échoue dans les esprits avant même le début est une guerre en partie déjà perdue sur le terrain.
C’est bien sûr sans compter les guerres d’Israël qui avaient été annoncé comme des succès à venir et qui ont été de sérieux échecs ces dernières années : la guerre contre le Liban en 2006 et l’opération « Plomb durci » contre Gaza en décembre 2008.
[1] http://www.lexpressiondz.com/internationale/160043-l-occident-s-emploie-a-trouver-de-nouvelles-ripostes.html
[2] La majorité des développements qui suivent sont développés à partir de cet ouvrage, Editions du Cygne, Paris, 2012.
[3] Interview réalisée en août 2012.
[4] Cité dans http://www.ism-france.org/communiques/Sondage-BBC-L-image-d-Israel-toujours-majoritairement-negative-dans-le-monde-article-16989
[5] http://nationalinterest.org/commentary/calling-netanyahus-bluff-7371
[6]http://www.brookings.edu/~/media/research/files/reports/2012/2/29%20israel%20poll%20telhami/0229_israel_poll_report_telhami
[7] http://www.bfmtv.com/israel-ruee-sur-les-masques-a-gaz-actu32159.html
[8] http://www.letemps.ch/Page/Uuid/68dd6468-eac9-11e1-a54b-3420e70b137c/Le_prix_dune_guerre_avec_lIran
[9] http://www.haaretz.com/weekend/magazine/former-mossad-chief-an-attack-on-iran-likely-to-foment-a-generations-long-war.premium-1.461760

Paru en mars 2012 sur le site www.grotius.fr, site dédié aux grandes questions de géopolitique et à l'humanitaire


Israël est-il en train de devenir une théocratie ?

Le sionisme des origines, celui qui a permis l’édification de l’Etat d’Israël, était au départ un mouvement socialisant et laïc. Jamais Theodor Herzl, le père de la nation, n’avait imaginé confier les affaires du futur Etat des Juifs en Palestine, comme rêvé dans son roman d’anticipationAltneuland[1], aux religieux.
En réalité, d’aucuns pensent qu’Israël ait été un jour socialiste mais la globalisation mondiale, l’accélération de l’ultralibéralisation de l’économie israélienne, l’individualisation de la société, et la normalisation d’une société identique à toutes celles du monde occidental prouve que le pays a naturellement abandonné une partie de ses fondements idéologiques. Pourrait-il en être de même un jour avec la thématique religieuse ? Doit-on craindre une « mollahisation » des esprits et une théocratisation de la scène politique et sociale israélienne ?
 Les derniers évènements liés aux ultra-orthodoxes
Les récents évènements autour des ultra-orthodoxes prouvent qu’Israël est en perpétuel tiraillement avec les différentes composantes de sa société qui peuvent avoir parfois bien du mal à cohabiter. Le week-end du nouvel an fut tendu à Jérusalem et la manifestation d’ultra-orthodoxes déguisés en prisonniers des camps de concentration portant l’étoile jaune a suscité l’émoi de tout un pays. Ces derniers protestaient contre les médias et les laïcs en scandant à maintes reprises les propos suivants : « Les sionistes ne sont pas des juifs, les juifs ne sont pas sionistes, et les sionistes sont racistes ». Entendons que les ultra-orthodoxes stigmatisés depuis le début de la crise sociale à l’été dernier se sont repliés sur leurs traditions religieuses et discriminatoires à l’égard de tous les autres Israéliens. Vivant en marge de la société, la communauté des « haredim », littéralement « ceux qui craignent dieu », ont fait entendre parler d’eux à plusieurs reprises : Yocheved Horowitz, Tanya Rosenblit et Na’ama Margolese sont devenus trois grands symboles de victimes de l’oppression théocratique des ultra-orthodoxes à l’égard des femmes. La première contestait le fait de devoir aller à l’arrière d’un bus comme il est de coutume dans les lignes « kasher » afin de laisser la place aux hommes à l’avant du véhicule. La seconde fut stigmatisée pour les mêmes raisons et la troisième, la petite Na’ama, 8 ans, a fait le tour des télés du pays en témoignant en pleurs des attaques verbales et des crachats qu’elle a reçu à Beit Shemesh en s’habillant de manière « trop légère » pour les haredim.
Un avènement du « religieux » par pallier
Aujourd’hui, il y a plusieurs sortes de religieux en Israël et ce aux objectifs divergents : les juifs ultra orthodoxes comprenant de nombreux courants (parmi eux les « Sicaires », secte responsable des dernières provocations à Méa Sharim à Jérusalem avec la manifestation des figurants de prisonniers des camps) et qui représentent 20% de la population et qui pourraient s’élever à plus de 30% en 2048 ; et les juifs nationalistes religieux, principaux artisans de la colonisation dans les Territoires pour la reconstitution et l’annexion de la Judée-Samarie au futur Etat palestinien qui protestaient par exemple en 2005 contre le retrait d’Israël de Gaza, torah à la main.
Il faut bien comprendre que le phénomène de théocratisation des esprits n’est pas tout à fait nouveau en Israël. A la création de l’Etat en 1948, les plus fervents opposants à l’établissement d’un foyer juif en Palestine furent justement les juifs religieux rigoristes, fermement opposés aux sionistes laïcs. Pour eux, la matérialisation d’Israël ne pouvait survenir qu’à l’arrivée du messie.  En achetant leur adhésion par de nombreuses allocations sociales, les gouvernements se mettaient de leur côté une ressource clé pour la logique de peuplement du pays et garantissait la majorité juive; ensuite, les politiques leur ont accordé le droit de ne pas servir dans l’armée et d’être exempté du service militaire (36 mois pour les garçons, 21 mois pour les filles).
A ce prix là, les ultra-orthodoxes sont devenus en quelques décennies la principale caution morale du pays et surtout le principal socle religieux et identitaire dans la sauvegarde de l’identité juive. Aujourd’hui, les tensions renaissent entre religieux et laïcs car la plus grosse crise sociale qu’ait traversé le pays et les plus grosses manifestations conséquentes jamais survenues jusque là dans le pays désignaient deux boucs émissaires à la crise économique et à la faillite de l’Etat providence : les ultra orthodoxes qui ne concourent pas à l’activité du pays et deviennent un fardeau, et les colons nationalistes qui coûtent cher avec l’occupation des Territoires (qu’ils appellent toujours Judée-Samarie). Ces derniers ont pris une place croissante dans la vie politique israélienne avec la guerre expansive des Six jours et les conquêtes de nouveaux territoires. La terre sacralisée redonne alors toute sa place à la mythologie juive du Grand Israël.
 Une assise de plus en plus confortable des partis religieuxdans le paysage politique israélien
La question est aujourd’hui plus politique que jamais. Preuve en est le poids que le religieux a pris depuis l’arrivée historique de la droite en 1977 et la constitution du Bloc de la Foi, le « Gush Emounim », qui accorda une existence politique officielle inédite aux colons défendant le Grand Israël, après la défaite historique de la gauche socialiste et laïque. Preuve en est encore le mode de scrutin en Israël et l’enracinement de la société à droite toute depuis dix ans, comme le retour du religieux et du nationalisme, avec le gouvernement de Benjamin Netanyahou et d’Avidgor Lieberman qui ne tiendraient sans le concours des partis religieux. Aujourd’hui, toute coalition impossible semble sans l’appui des religieux et donc les trois partis que sont le Shass, l’Agoudat Israel et le Degel Hatorah.
Preuve en est surtout aussi, avec l’explosion de l’influence du Shass, parti d’ultra orthodoxes séfarades longtemps méprisés comme les Orientaux en général (venant des pays arabes, donc considérés comme des « Arabes » et pas de vrais Juifs). Il suffirait simplement de mentionner le rôle du rabbin Ovadia Youssef, seul à même de décider du sort de Salah Hammouri, emprisonné 7 ans dans les geôles israéliennes pour atteinte à la sûreté de l’Etat, et accusé de fomenter un projet d’assassinat de Yossef lui-même. Preuve en est toujours les 25 000 Juifs religieux en Iran, protégés par l’Etat, qui ne cautionnent pas l’Etat d’Israël.
Israël demeure une démocratie, malgré les atteintes claires aux libertés fondamentales sous le gouvernement de Netanyahou, malgré le poids des ultra-orthodoxes dans le tournant rigoriste et moral dans la pérennisation de l’identité juive face aux tournements et l’avenir de l’idéologie sioniste.
La contestation populaire de la place qu’essaient de jouer de plus en plus nationalistes et fanatiques religieux de tous bords à des fins politiciennes est la preuve que l’identité israélienne et juive et la démocratie « laïque » (malgré les mariages religieux et la loi du retour) est en perpétuelle réflexion et construction et défie tous ceux qui pensaient encore il y a peu que l’inertie de la société israélienne était totale et qu’elle allait à vitesse grand V dans le mur.
[1] Editions Babel, Tel Aviv, 2004.

Paru sur le site de l'Institut Medea (Bruxelles)


7 décembre 2012

L’ETAT DE PALESTINE, UN « ABSURDISTAN » DU DROIT INTERNATIONAL

Soixante-cinq ans après le vote du plan de partage de la Palestine mandataire par l’AG des Nations unies, le 29 novembre 1947, qui prônait un Etat juif, un Etat arabe et une zone internationale pour les lieux saint de Jérusalem,  c’est la Palestine réduite à peau de chagrin qui a vu le jour ce 29 novembre dernier. Près de 140 pays ont soutenu à l’AG la résolution proposée par le président Mahmoud Abbas pour la reconnaissance d’un Etat observateur non membre de l’organisation, un pis aller lorsque l’on se souvient malgré l’emballement médiatique l’échec palestinien de l’année dernière face à la menace de veto américain. Peut on parler d’un acte historique malgré la réalité sur le terrain plus bloquée que jamais ?
Les situations locales sont extrêmement mouvantes et en quelques semaines les positions semblent s’être radicalisées un peu plus encore dans chacun des camps, dans ce que certains appellent encore un statu quo des négociations « de paix » (pourtant à l’arrêt depuis septembre 2008), mais qui pourrait correspondre à un enterrement direct de l’Etat palestinien plutôt qu’à une naissance effective le 29 novembre dernier.
D’un côté l’enjeu des élections israéliennes de janvier 2013 augure d’une radicalisation un peu plus encore de la classe politique israélienne : en effet, Kadima décrédibilisée ayant oscillé tantôt d’un côté tantôt de l’autre avec le volatile Shaul Mofaz, la gauche travailliste n’est plus que l’ombre d’elle-même et le ralliement d’Amir Peretz un temps pressenti pour jouer un grand rôle national, au nouveau parti de Tsipi Livni (battue aux primaires de Kadima en 2012), Hatnuyah, n’en est qu’un symbole supplémentaire. Le ralliement historique d’Ehud Barak, ministre de la défense, et longtemps chef du parti travailliste, au gouvernement de Netanyahou et acteur des trois dernières guerres aux résultats contestés de l’Etat d’Israël contre le Liban et Gaza, en avait été une preuve déjà forte. Le retrait annoncé de la vie politique d’Ehud Barak, certain de perdre les élections, n’est en rien un acte de modestie ou une reconnaissance de faute dans son parcours régulièrement vanté et glorifié du général le plus décoré de l’histoire du pays. Par ailleurs, même s’il a déjà plus de 70 ans, d’aucuns craignent qu’il revienne en ministre non élu à la Knesset au prochain gouvernement. Du côté du Likoud, Netanyahou l’inflexible dispose d’une coalition forte avec Israel Beitenou de Liebermann, le Shas du rabbin Ovadia Yossef, et deux autres partis extrémistes de droite ainsi que les orthodoxes ashkénazes. Elle n’a rompu ni devant les manifestations sociales les plus importantes de l’histoire en 2011, ni devant les différentes menaces de guerre en solitaire, ni devant les opérations contre Gaza, au nom de l’impératif vital sécuritaire. Mais le Likoud actuel passera peut être pour avoir été un modéré au regard de ce qui pourrait se profiler l’année prochaine. L’aile de Netanyahou est en train de se faire rattraper par l’aile encore plus radicale de son pays et le « parti » des colons dont Moshe Feiglin, l’ancien candidat malheureux à la présidence du Likoud en 2011, gagne à chaque échéance un peu plus de terrain au sein du Likoud. Martine Gozlan, dans un excellent article de Marianne, « le complot des faucons pour contrôler le pays » (Lundi 3 décembre 2012, http://www.marianne.net/Israel-Le-complot-des-faucons-pour-controler-le-pays_a224919.html ) s’interrogeait récemment  sur la montée des extrémistes aux primaires pour les futures élections du 22 janvier 2013. Et l’annonce du Premier ministre qui a provoqué la colère de nombre de chancelleries de lancer la construction de 3000 nouveaux logements supplémentaires aux abords de Jérusalem dans ce qui n’est désormais plus un territoire occupé, mais un Etat occupé, le lendemain même de la reconnaissance de l’Etat palestinien, n’y est peut être pas pour rien. En effet, la construction de logements rattachant le bloc d’implantations déjà imposante de Male Adoumim à Jérusalem-Est finirait d’achever la tactique du salami au cœur même de l’Etat palestinien (construction d’implantations israéliennes partout en territoire palestinien), en coupant désormais géographiquement en deux la Cisjordanie.
De l’autre, côté palestinien, la trêve signée entre Israéliens et Palestiniens, sous égide égypto-américaine, a donné vainqueur le Hamas dans la tête des Palestiniens de Gaza. Depuis la présidence d’Abbas commencée en 2005 et l’échec de la stratégie de résistance pacifique du Fatah depuis 8 ans, le blocage total des négociations et l’enterrement des accords d’Oslo, le manque de caractère  et de charisme de Mahmoud Abbas, le travail de construction de l’Etat mais dans l’ombre du premier ministre Salam Fayad, en avaient presque fait oublier l’existence de l’Autorité palestinienne depuis le lancement de l’opération « Pilier de défense ». Abbas, au moment même ou quasi où l’on exhumait le corps du Raïs Yasser Arafat pour tenter d’élucider les mystères  de sa mort, tenait sa victoire et pouvait lui dédicacer.
C’est donc un curieux exercice diplomatique et politique qui va se jouer maintenant entre Israéliens et Palestiniens alors que tout bouge dans la région, notamment du côté des Américains et des Egyptiens.  Dans cette situation, quelles négociations peuvent-elles reprendre ? A peine né, proclamé, reconnu internationalement, l’Etat de Palestine est sur le point  de se voir enterré pour la énième fois. Nous nous retrouvons  malgré le rééquilibrage politique et légal entre les deux protagonistes et la possibilité de discussions d’Etat à Etat dans une situation où, face à Israël tout puissant, les négociations sont dans l’impasse :  deux Palestines, une reconnue par le droit international, épuisée, pacifiste, dont la souveraineté par une autorité est difficilement applicable et crédible, et une autre à Gaza, résistante, sortie victorieuse des derniers évènements, soutenue en partie par un nouvel allié de poids islamiste, l’Egypte de Mohamed Morsi. En réalité Morsi craint la poudrière de Gaza, doit rester prudent avec les Américains, et préfère maintenir la pression sur le poste-frontière de Rafah afin d’éviter la trop grande liberté de circulation et ménager Israël.
En attendant, les Palestiniens seront sûrement plus tentés de se pencher sur leurs actions à la Cour pénale internationale pour porter plainte contre Israël pour l’occupation,  le blocus contre Gaza, mais aussi  les crimes de guerre des opérations militaires passées. Ils savent aussi qu’Israël leur déclarera virtuellement la guerre. Si les Palestiniens font le jeu des institutions internationales depuis vingt ans, le droit international n’est pas encore tout à fait de leur côté. Près de 15 résolutions des Nations unies concernant le retrait des Territoires occupés par Israël n’ont à ce jour jamais été appliquées et les accords d’Oslo ne sont plus inscrits que sur le papier. Tout comme la violence n’a rien apporté aux Palestiniens, la résistance pacifique subie après l’écrasement de la seconde Intifada non plus. Nous faisons face à un vrai nouveau pays : l’ « Absurdistan » tant par son incapacité à exister vraiment que par ce qu’il renvoie aux failles du droit international et des limites de la communauté internationale à le faire respecter depuis 65 ans.
Sébastien Boussois

Paru sur le site du JDD.fr, le 5 décembre 2012


L'inflexible Benjamin Netanyahou

En réponse à la reconnaissance de l'Etat palestinien à l'ONU, le Premier ministre israélien a relancé un projet de colonisation contesté par la communauté internationale. Malgré les protestations, Benjamin Netanyahou ne veut pas céder. Sa réélection au mois de janvier est en jeu.
Il ne cède rien. Malgré les pressions de la communauté internationale, le Premier ministre israélien entend bien mener à son terme son nouveau projet de colonisation de Jérusalem-Est et de la Cisjordanie. Le gouvernement de Benjamin Netanyahou avait annoncé en fin de semaine dernière la construction de 3.000 logements supplémentaires dans ces territoires, ainsi qu'une réflexion sur 1.600 autres, au lendemain de l'obtention de la Palestine du statut d'Etat non-membre de l'ONU. Les services du Premier ministre ont confirmé ces intentions, en dépit du tollé provoqué auprès des puissances européennes et des Etats-Unis, l'allié traditionnel d'Israël. Le plan a même reçu l'aval mercredi d'une commission du ministère de la Défense.
"Il s'agit clairement d'un pied-de-nez du gouvernement israélien au reste de la communauté internationale", note pour leJDD.frSébastien Boussois, spécialiste de la question israélo-palestinienne. Selon ce chercheur associé à l'Université libre de Bruxelles, le Premier ministre entend montrer qu'au-delà de la reconnaissance internationale, "l'Etat palestinien ne ressemble à rien sur le terrain". D'autant plus que ces nouvelles implantations risquent de couper la Cisjordanie en deux.

La sécurité plus que "les relations publiques"

Et peu importe si l'Etat hébreu s'isole diplomatiquement. Les protestations sont rarement suivies d'actes. "Les résolutions adoptées aux Nations unies n'ont jamais été appliquées", relève Sébastien Boussois. En témoignent également les récentes menaces de la France et du Royaume-Uni de rappeler leur ambassadeur en Israël, évoquées par le quotidien Haaretz et non démenties par les chancelleries. Pour l'heure, seuls les ambassadeurs israéliens ont été convoqués dans plusieurs capitales européennes, dont Paris et Londres.
Benjamin Netanyahou se préoccupe moins des réactions internationales que de la situation dans son pays. "Ce n'est pas la fin du monde", a ainsi affirmé cette semaine le vice-ministre des Affaires étrangères, Danny Ayalon, membre du parti ultranationaliste Israël Beiteinou, allié au Likoud de Netanyahou. La formation d'Avigdor Lieberman, le ministre des Affaires étrangères, fait partie de la coalition hétéroclite au pouvoir depuis quatre ans, qui réunit aussi les travaillistes d'Ehoud Barak, en charge de la Défense, et le parti ultra-orthodoxe. "Défendre la sécurité d'Israël est plus important que les relations publiques diplomatiques", a expliqué Danny Ayalon.

"Ennemi commun"

"Le Premier ministre est dans une logique purement électoraliste", affirme Sébastien Boussois. Des élections législatives anticipées ont en effet été convoquées à la date du 22 janvier. "J'ai décidé que, pour le bien de l'Etat d'Israël, il fallait aller devant les électeurs maintenant, le plus vite possible", justifiait Benjamin Netanyahou début octobre. Le chef du gouvernement, investi début 2009 après que sa formation soit arrivée seconde du précédent scrutin, entend profiter de l'éclatement et de la fragilité de l'opposition pour renforcer la légitimité de sa coalition gouvernementale.
Mais quel intérêt a le Premier ministre à durcir un peu plus sa ligne? En difficulté sur son bilan économique et social, il axe sa campagne sur l'aspect sécuritaire. L'offensive terrestre du mois dernier à Gaza l'illustre parfaitement. Il compte également tirer profit des critiques internationales qu'il suscite en accusant l'opposition de gauche d'en être à l'origine. Une déviation politique? "Il a compris que le moyen de fédérer la population était d'être dans une forme de fuite en avant, en tout cas de solidarisation contre un ennemi commun", indique Sébastien Boussois pour expliquer cette réaction immédiate à la victoire diplomatique de la Palestine.

Opposé aux accords d'Oslo

Mais Benjamin Netanyahou n'a jamais été un homme de compromis. Il l'a en partie démontré entre 1996 et 1999, à l'occasion de son premier mandat. A l'époque, le contexte international était tout autre : les accords d'Oslo, qui relançaient le processus de paix en posant notamment les fondations d'une autonomie palestinienne, ont été signés en 1993. "Il arrive au pouvoir à un moment où l'on a cru le plus en la paix dans cette région. Mais sa nomination symbolise en quelque sorte un premier rejet de ces accords", affirme le spécialiste.
A la tête de la droite nationaliste et partisan du grand Israël, celui qui fut le plus jeune des Premiers ministres israéliens était pour sa part opposé aux accords d'Oslo. S'il n'est pas revenu dessus, il n'a fait aucune concession. "Il a participé à l'effondrement progressif de ces accords, que poursuivra après lui Ehoud Barak, en permettant notamment une colonisation rampante dans les territoires palestiniens", avance Sébastien Boussois. "Il a aussi compris une chose : toute tentative de discussion avec les responsables palestiniens pouvait lui être fatale", fait-il remarquer.
Pour se maintenir au pouvoir, Benjamin Netanyahou a en effet besoin de son aile dure, y compris au sein du Likoud. Mais après l'intervention aérienne à Gaza, qui s'est finalement conclue par un cessez-le-feu, il a dû faire face à quelques critiques au sein même du gouvernement, lui reprochant de ne pas avoir recouru à l'option terrestre. Le Premier ministre israélien ne fera donc pas de concession. S'il est reconduit le mois prochain, sa position dans le dossier palestinien ne devrait pas évoluer.
Arnaud Focraud - leJDD.fr
mercredi 05 décembre 2012

mercredi 5 décembre 2012

Paru sur le site du JDD.fr le 5 décembre 2012 "Pourquoi Benjamin Netanyahou reste infliexible"

L'inflexible Benjamin Netanyahou

En réponse à la reconnaissance de l'Etat palestinien à l'ONU, le Premier ministre israélien a relancé un projet de colonisation contesté par la communauté internationale. Malgré les protestations, Benjamin Netanyahou ne veut pas céder. Sa réélection au mois de janvier est en jeu.
Il ne cède rien. Malgré les pressions de la communauté internationale, le Premier ministre israélien entend bien mener à son terme son nouveau projet de colonisation de Jérusalem-Est et de la Cisjordanie. Le gouvernement de Benjamin Netanyahou avait annoncé en fin de semaine dernière la construction de 3.000 logements supplémentaires dans ces territoires, ainsi qu'une réflexion sur 1.600 autres, au lendemain de l'obtention de la Palestine du statut d'Etat non-membre de l'ONU. Les services du Premier ministre ont confirmé ces intentions, en dépit du tollé provoqué auprès des puissances européennes et des Etats-Unis, l'allié traditionnel d'Israël. Le plan a même  reçu l'aval mercredi d'une commission du ministère de la Défense.
"Il s'agit clairement d'un pied-de-nez du gouvernement israélien au reste de la communauté internationale", note pour leJDD.fr Sébastien Boussois, spécialiste de la question israélo-palestinienne. Selon ce chercheur associé à l'Université libre de Bruxelles, le Premier ministre entend montrer qu'au-delà de la reconnaissance internationale, "l'Etat palestinien ne ressemble à rien sur le terrain". D'autant plus que ces nouvelles implantations risquent de couper la Cisjordanie en deux.

La sécurité plus que "les relations publiques"

Et peu importe si l'Etat hébreu s'isole diplomatiquement. Les protestations sont rarement suivies d'actes. "Les résolutions adoptées aux Nations unies n'ont jamais été appliquées", relève Sébastien Boussois. En témoignent également les récentes menaces de la France et du Royaume-Uni de rappeler leur ambassadeur en Israël, évoquées par le quotidien Haaretz et non démenties par les chancelleries. Pour l'heure, seuls les ambassadeurs israéliens ont été convoqués dans plusieurs capitales européennes, dont Paris et Londres.
Benjamin Netanyahou se préoccupe moins des réactions internationales que de la situation dans son pays. "Ce n'est pas la fin du monde", a ainsi affirmé cette semaine le vice-ministre des Affaires étrangères, Danny Ayalon, membre du parti ultranationaliste Israël Beiteinou, allié au Likoud de Netanyahou. La formation d'Avigdor Lieberman, le ministre des Affaires étrangères, fait partie de la coalition hétéroclite au pouvoir depuis quatre ans, qui réunit aussi les travaillistes d'Ehud Barak, en charge de la Défense, et le parti ultra-orthodoxe. "Défendre la sécurité d'Israël est plus important que les relations publiques diplomatiques", a expliqué Danny Ayalon.

"Ennemi commun"

"Le Premier ministre est dans une logique purement électoraliste", affirme Sébastien Boussois. Des élections législatives anticipées ont en effet été convoquées à la date du 22 janvier. "J'ai décidé que, pour le bien de l'Etat d'Israël, il fallait aller devant les électeurs maintenant, le plus vite possible", justifiait Benjamin Netanyahou début octobre. Le chef du gouvernement, investi début 2009 après que sa formation soit arrivée seconde du précédent scrutin, entend profiter de l'éclatement et de la fragilité de l'opposition pour renforcer la légitimité de sa coalition gouvernementale.
Mais quel intérêt a le Premier ministre à durcir un peu plus sa ligne? En difficulté sur son bilan économique et social, il axe sa campagne sur l'aspect sécuritaire. L'offensive terrestre du mois dernier à Gaza l'illustre parfaitement. Il compte également tirer profit des critiques internationales qu'il suscite en accusant l'opposition de gauche d'en être à l'origine. Une déviation politique? "Il a compris que le moyen de fédérer la population était d'être dans une forme de fuite en avant, en tout cas de solidarisation contre un ennemi commun", indique Sébastien Buissous pour expliquer cette réaction immédiate à la victoire diplomatique de la Palestine.

Opposé aux accords d'Oslo

Mais Benjamin Netanyahou n'a jamais été un homme de compromis. Il l'a en partie démontré entre 1996 et 1999, à l'occasion de son premier mandat. A l'époque, le contexte international était tout autre : les accords d'Oslo, qui relançaient le processus de paix en posant notamment les fondations d'une autonomie palestinienne, ont été signés en 1993. "Il arrive au pouvoir à un moment où l'on a cru le plus en la paix dans cette région. Mais sa nomination symbolise en quelque sorte un premier rejet de ces accords", affirme le spécialiste.
A la tête de la droite nationaliste et partisan du grand Israël, celui qui fut le plus jeune des Premiers ministres israéliens était pour sa part opposé aux accords d'Oslo. S'il n'est pas revenu dessus, il n'a fait aucune concession. "Il a participé à l'effondrement progressif de ces accords, que poursuivra après lui Ehoud Barak, en permettant notamment une colonisation rampante dans les territoires palestiniens", avance Sébastien Buissous. "Il a aussi compris une chose : toute tentative de discussion avec les responsables palestiniens pouvait lui être fatale", fait-il remarquer.
Pour se maintenir au pouvoir, Benjamin Netanyahou a en effet besoin de son aile dure, y compris au sein du Likoud. Mais après l'intervention aérienne à Gaza, qui s'est finalement conclue par un cessez-le-feu, il a dû faire face à quelques critiques au sein même du gouvernement, lui reprochant de ne pas avoir recouru à l'option terrestre. Le Premier ministre israélien ne fera donc pas de concession. S'il est reconduit le mois prochain, sa position dans le dossier palestinien ne devrait pas évoluer.
 
Arnaud Focraud - leJDD.fr