Sébastien Boussois est docteur en sciences politiques, conseiller scientifique et policy advisor chez ForMENA (Bruxelles), chercheur associé au CJB(Rabat/ Maroc) et au REPI (Université Libre de Bruxelles), enseignant en relations internationales, et consultant Moyen-Orient.Il est par ailleurs président du CCMO, le Cercle des Chercheurs sur le Moyen-Orient, écrivain, auteur de nombreux ouvrages, et éditeur. Analyses et services Contact: boussois@yahoo.fr ou 0032 (0) 476 580 677
samedi 11 septembre 2010
APPEL A CANDIDATURE POUR CHERCHEURS INTERESSES PAR LE CCMO
jeudi 9 septembre 2010
LES DERNIERES INFOS DU CERCLE DES CHERCHEURS SUR LE MOYEN-ORIENT
"Le CCMO est un cercle de réflexion et d’action récemment crée et ayant pour but de réunir les chercheurs spécialisés sur le Moyen-Orient.
L’objet principal de ce cercle est de réunir des profils différents et des recherches dans les domaines les plus variés ayant pour dénominateur commun le Moyen-Orient. Du juriste à l’historien, du politologue au sociologue, chacun des membres apporte son éclairage dans son domaine de compétence.
Le CCMO vise à rendre lisible les travaux de chaque chercheurs qui contribue par sa production d’articles au dynamisme du blog.
Le CCMO a pour vocation d’accueillir tous les chercheurs travaillant sur le Moyen-Orient, du doctorant au professeur des universités. Pour ce faire il suffit d’envoyer une candidature qui sera étudiée par le bureau du cercle.
A plus long terme, le CCMO s’est fixé pour objectif l’information avant tout et sa circulation. Aussi l’organisation de colloques et la publication d’actes est une priorité. Le premier aura lieu en 2011 et mettra en avant les membres du CCMO.
Le CCMO a pour ambition devenir le principal vivier des recherches ayant pour thématique le Moyen-Orient. N’étant pas un centre de recherche, l’objectif est devenir une interface réunissant l’ensemble de la communauté académique spécialisée sur cet ensemble régional complexe.
Du Machreck à la péninsule arabique, de l’Iran au Maghreb en passant par Israël, le Moyen-Orient s’ouvre à vous."
LANCEMENT DU CCMO, CERCLE DES CHERCHEURS SUR LE MOYEN-ORIENT
Le CCMO est un cercle de réflexion et d’action récemment crée et ayant pour but de réunir les chercheurs spécialisés sur le Moyen-Orient.
L’objet principal de ce cercle est de réunir des profils différents et des recherches dans les domaines les plus variés ayant pour dénominateur commun le Moyen-Orient. Du juriste à l’historien, du politologue au sociologue, chacun des membres apporte son éclairage dans son domaine de compétence.
Le CCMO vise à rendre lisible les travaux de chaque chercheurs qui contribue par sa production d’articles au dynamisme du blog.
Le CCMO a pour vocation d’accueillir tous les chercheurs travaillant sur le Moyen-Orient, du doctorant au professeur des universités. Pour ce faire il suffit d’envoyer une candidature qui sera étudiée par le bureau du cercle.
A plus long terme, le CCMO s’est fixé pour objectif l’information avant tout et sa circulation. Aussi l’organisation de colloques et la publication d’actes est une priorité. Le premier aura lieu en 2011 et mettra en avant les membres du CCMO.
Le CCMO a pour ambition devenir le principal vivier des recherches ayant pour thématique le Moyen-Orient. N’étant pas un centre de recherche, l’objectif est devenir une interface réunissant l’ensemble de la communauté académique spécialisée sur cet ensemble régional complexe.
Du Machreck à la péninsule arabique, de l’Iran au Maghreb en passant par Israël, le Moyen-Orient s’ouvre à vous.
jeudi 29 juillet 2010
NAISSANCE DU CERCLE DES CHERCHEURS SUR LE MOYEN-ORIENT
Objectif? Information, état de la recherche, promotion des travaux en cours, et organisation d'évènements autour des grandes thématiques du Moyen-Orient.
Plus d'informations prochainement
Sébastien Boussois, président du CCMO.
Stéphanie Jacquet, vice-présidente
Jean-Baptiste Beauchard, vice-président
Julie Chapuis, secrétaire-générale
Julien Salingue, secrétaire-général adjoint
dernière parution aux éditions du Cygne, un livre de spiritualité
Réflexions offertes à mes Compatriotes Nord-Africains en Europe
« Parmi les questions d’ordre religieux qui préoccupent les esprits des Musulmans en ce moment, se trouvent la situation de l’Islam et la condition des Musulmans. J’ai choisi quelques concepts qui prévalent dans les esprits, pour les présenter de façon brève dans les pages de ce livre, et les discuter selon ma compréhension, éclairée par la lumière des enseignements Bahá’ís.
L’Islam et la Foi Bahá’íe ISBN : 978-2-84924-193-6 14 x 21 cm 116 pages 13,00 euros
|
Tout le programme et le compte-rendu sur www.ulm2010.org
jeudi 20 mai 2010
"ETRE GAY EN ISRAEL" (2) A DECOUVRIR MAINTENANT SUR SEBASTIEN BOUSSOIS ON LINE
Parole à ceux qui vivent leur sexualité et leur identité au grand jour, des LGBT aux BDSM…
Comme dans toute démocratie, comme dans tout pays, et quelque soit l’ouverture offerte par la société à l’égard de ses minorités, il n’est pas toujours évident de trouver des individus prêts à témoigner de leur vie et de leur condition sexuelle ou identitaire. Ceux du « milieu » parlent souvent pour les autres. Or, il ne faut pas oublier qu’ils ne représentent bien souvent pas plus de 5 à 10% maximum du creuset non-hétérosexuel. Et pourtant, c’est ceux là qu’on peut contacter plus aisément.
Etre gay, lesbienne, trans ou genre en Israël n’est pas plus facile à vivre qu’en Europe. Mais peut être pas plus difficile non plus. La situation politique, les territoires, l’état d’urgence permanent depuis 60 ans, la prison à ciel ouvert de Gaza, tout cela est bien loin des préoccupations de la communauté. Un peu chacun son combat cela dit. Les Arabes israéliens existent bel et bien mais s’ils sont discriminés au quotidien, ils ne sont pas non plus les plus intégrés au « milieu » juif. Pour autant, la différence de traitement entre les strates socio-ethniques de la société israélienne se ressent largement quand l’on cherche à communiquer avec eux. Ils sont invisibles voire absents. Et ce parce que l’homosexualité, même si pratiquée fortement, est peut être encore plus montrée du doigt que dans d’autres sociétés. Elle est pourtant pour beaucoup un « palliatif » à la difficile accession au corps féminin avant le mariage. Là encore, tout la différence est dans les mots ! Pratiquer des actes homosexuels ne signifie pas être…homosexuel. Les Juifs majoritaires – pour combien de temps dans cet Etat incompatiblement juif et démocratique ?- témoignent eux plus aisément car ils ne sont au moins pas victimes de la double discrimination. Eux ne sont pas victimes en quelque sorte de ce que l’on pourrait appeler la « double peine ». Si beaucoup ont profité du souffle démocratique de ces vingt dernières années en Occident et donc en Israël pour afficher leur sexualité, les Israéliens sont encore beaucoup comme partout à ne pas assumer tout à fait leur identité dans des sphères sociales et socio-professionnelles peu enclines au droit à la différence. Dans un pays où la politique de l’urgence est devenue religion, ils restent tournés sur eux-mêmes et tournent le dos à leurs voisins. Un peu comme s’ils préféraient regarder la mer à Tel-Aviv plutôt que la réalité déconfite de la démocratie israélienne mise à mal.
Voici quelques personnes qui en témoignent, des citoyens lambda, des militants, des politiques. C'est-à-dire six israéliens, Juifs, membres d’associations ou non, qui rendent compte de leur vie au quotidien. Nous ne désespèrons pas pour un prochain épisode de la série de trouver des jeunes arabes prêts à le faire également. [1] En écoutant ses témoignages, on a le sentiment que tout va bien. Parce que d’un modèle socialisant, des rêves et des idéaux d’une société ouverte à tous, Israël est devenu un chantre de la sélection naturelle, communautaire…et ce ethniquement comme sexuellement.
Adi assume en grande partie sa sexualité. « Je ne suis pas dans le placard mais je ne crois pas que mon identité gay saute aux yeux des gens. Je n’ai aucun problème à rencontrer d’autres gays et à m’afficher en tant que tel. Internet m’aide beaucoup d’ailleurs à me créer de nouveaux liens sociaux avec les autres homosexuels et je vis vraiment ma sexualité comme n’importe qui d’autre. » L’homme a été marié deux fois et porte la kippa. Aujourd’hui il vit à Tel Aviv qu’il considère définitivement comme « le meilleur endroit pour les gays en Israël ». S’il souligne les endroits de fête et les clubs, il n’en oublie pas moins le rôle et la présence des associations qui lui ont permis d’assumer sa sexualité comme tout un chacun : « Les associations y sont très actives et la Municipalité a ouvert un centre gay très dynamique. A Jérusalem, il existe aussi l’Open House qui propose des programmes de sensibilisation très intéressants pour les jeunes gays. Et plus surprenant encore, il existe même aussi… une association religieuse gay appelée Havruta. » Adi ne trouve aucun problème pour sortir à Jérusalem et y rencontre des Juifs comme des Arabes relativement facilement. « J’ai de très bons amis-amants arabes et j’en suis fier ». Au regard de sa vie, être gay ne semble pas être pour lui un vrai souci en Israël même s’il nuance : « A part peut être pour les Juifs de la communauté ultra-orthodoxe, je pense que la société est très libérale et moderne et il est très facile de s’y socialiser sexuellement et identitairement parlant. » Une fois encore, Adi pense à ses coreligionnaires. En est-il de même pour les homosexuels arabes et éthiopiens par exemple ? Pas sûr. Il en va différemment pour les Russophones, qui eux ont apporté prostitution, corruption et trafics en tous genre en Israël et ont ainsi contribué à leur propre libération. Assumer son identité n’est en devenu que plus aisé.
David, à près de quarante ans, est plutôt du genre à rencontrer ses amants via Internet et clairement pour le sexe. « Je ne me rend pas dans les bars car l’âge est un critère déterminant dans le processus de séduction et la population y est souvent très jeune ». Comme souvent partout ailleurs dans le milieu. Alors il fréquente des lieux moins orthonormés comme les plages ou les bois. Quand on lui pose la question d’éventuelles relations ou contacts avec les Arabes, il répond : « J’en fréquente beaucoup dans le cadre de mon activité professionnelle et j’en côtoie certains en dehors aussi pour d’autres distractions ».
Pour Oren, la vie à la ville est tout autre. Il se considère encore « dans le placard » mais « tente quand même de rencontrer d’autres hommes grâce à Internet qui offre un relatif anonymat. ». Un peu contrit, il nous explique qu’il ne fréquente pas la vie gay à Tel Aviv et Jérusalem même s’il sait que « l’on s’y amuse sûrement beaucoup. » Il lui est arrivé un jour d’avoir une histoire avec un Arabe, mais il n’a pas peur de nous avouer que cette relation était plus d’ordre politique et symbolique que physique. Ce sont des choses qui arrivent. Pour lui, « la société israélienne est très conservatrice et dédiée aux valeurs familiales traditionnelles. » même s’il est prêt à reconnaître qu’il lui serait sûrement possible d’assumer sa gaytitude en Israël sans trop de problèmes. La religion est un poison dans une ville comme la ville sainte et le peu d’espaces constatés et consacrés aux gays ne doit pas masquer l’activité importante des associations. Mais peut on changer un état d’esprit global appesanti par trois religions castratrices ? Curieusement, nos interlocuteurs nous parlent plus de potentielles relations avec les Autres, les Arabes sans finalement se poser la vraie question : comment ceux qui sont gays peuvent-ils parvenir à vivre dans une société qui les montre encore largement du doigt avant même qu’ils ne soient affichés ?
Tal est transgenre et assumé. Elle est beaucoup moins optimiste qu’Oren sur la capacité d’accordéon de la société israélienne. « Il y a eu des actes de violence encore récemment et ce dans plusieurs villes à l’encontre de la communauté LGBT. La semaine dernière, deux gays ont été attaqués dans le centre-ville de Tel-Aviv. En réalité, la municipalité est gay-friendly et ça en dérange plus d’un. En effet, la ville promeut des voyages gay, organise des conférences sur les commerces gays,etc. » Et Jérusalem ? « La municipalité est homophobe et le milieu associatif LGBT y est plus actif. Je préfère ce milieu là mais malheureusement c’est à Tel Aviv que tout se passe ». En conclusion, Tal n’en démord pas : « C’est encore un problème d’être gay en Israël. Nous n’avons pas les mêmes droits que tout le monde et l’homophobie y est encore largement répandue. Mais peut être pas plus que dans certaines parties de l’Europe ou des Etats-Unis. » Tal a le mérite d’apporter la nuance : en deux mots comme trois, les plus acceptés sont les juifs gays, ceux que l’on ne voit pas les Arabes. Et au milieu naviguent les marges de la marge, d’ailleurs en Israël comme ailleurs.
Eran a 47 ans et vit à Tel Aviv. Juriste spécialiste des droits de l’homme, elle a défendu plusieurs associations de la communauté LGBT. Aujourd’hui, elle est conseiller juridique pour les affaires LGBT au Parti Meretz et s’est présentée comme candidate aux élections municipales de Tel-Aviv en 2008. Eran a un passif : « En 2005, j’ai gagné le Prix de la Personnalité de la Communauté pour mon activité de conseillère juridique dans le milieu LGBT ». Depuis, elle continue son combat et assume sa vie privée plus que jamais. Les quatorze ans passés avec son compagnon Yuki lui font dire que « Israël est globalement un paradis pour les gays, en dehors des questions légales en débat mais qui touchent tous les pays occidentaux et pour lesquelles nombre d’associations oeuvrent au quotidien ». Pour elle, « il n’y a pas de différence en termes de droits économiques (pensions, impôts) entre Israël et la Belgique par exemple où elle a vécu, même si le mariage homosexuel dans le second cas est reconnu. C’est le fruit de vingt ans de lutte active dans l’Etat hébreu ».
Yuki, 33 ans, est diplômé en conseil et communication. Militant du Meretz depuis l’âge de 15 ans, c’est là qu’il y a rencontré Eran : « Pour moi, c’est la gauche qui a toujours représenté la liberté en termes de droits de l’homme et notamment de droits des gays. » En 2000, il fonde le Conseil politique pour la communauté LGBT, une sorte de lobby pour faire reconnaître les droits des gays à la Knesset en matière de santé, d’éducation, de culture, etc. « M’engager dans la politique a été pour moi un bon moyen d’assumer ma sexualité et surtout ma compréhension des minorités en Israël. Ce qui manque largement à beaucoup de ses citoyens, à propos des Arabes notamment. » Problème : où est la gauche en Israël ? Où est le Meretz ? Depuis l’échec des négociations de Camp David en juillet 2000, le camp de la paix et la gauche ont sombré dans un trou noir. Le vote des Israéliens pour une droite dure, nationnaliste et antiarabe est le choix de l’intolérance. Quelle influence peuvent donc avoir Eran et Yuki ? Mineure. Et ce n’est certainement pas le gouvernement de Benjamin Netanyahou qui se positionnera en faveur du mariage gay, de l’homoparentalité, et de la reconnaissance des droits des transgenres. Non ce n’est pas son genre.
Si les droits des gays sont aux dires de nos témoins largement en bonne voie, il existe pourtant de grandes disparités entre les « genres ». Pnina par exemple, 28 ans, diplômée en linguistique et enseignante à l’Université hébraïque de Jérusalem, assume son côté BDSM[2], sa bisexualité et…son féminisme : « Ces trois termes constituent mon identité personnelle et politique. Bien sûr que c’est de l’ordre de la vie privée mais je revendique mes activités intimes entre la transgression physique individuelle et les limites symboliques comme pleinement politiques. » Et de poursuivre non sans un certain courage : « Mon identité sexuelle non normative est pratiquée dans un espace qui reste social et surtout en réaction à l’hétéronormativité. Voilà une sous-culture où le sexe entre deux femmes est encore largement discriminé. Il reste encore beaucoup à faire pour la culture BDSM et notamment auprès…des gays classiques ! ». L’année dernière, elle a dirigé l’organisation du premier char BDSM lors de la Marche des Fiertés de Tel-Aviv. Elle se souvient encore de ses propres difficultés à se faire une place au sein même du défilé LGBT où elle ressentait encore fortement le regard critique des autres, étant notamment accusée d’ « envahir » l’espace gay du défilé. Nous sommes donc encore bien loin de faire accepter à toute une société une sous-culture qui peine encore déjà se faire admettre au sein même d’une communauté qui devrait naturellement être plus clémente à son égard et ouverte…à la différence. La société israélienne en est-elle capable ? Peut-elle finalement s’ouvrir à toutes ses variantes ? Une société qui a du assimiler tant d’individus en soixante années n’est-elle pas condamnée finalement à privilégier encore et toujours le plus fort ?
A suivre….
"ETRE GAY EN ISRAEL" épisode 1, paru sur www.minorites.org
Le Proche-Orient est encore une caverne pour les homosexuels de toutes conditions d’où il est difficile de sortir. Si sur le plan politique, éthique et religieux, les relations entre hommes d’une part ou entre femmes d’autres femmes sont encore globalement sévèrement réprimées, cela ne signifie évidemment pas et loin s’en faut que rien n’existe comme chemins de traverse entre tous ces individus. Israël se démarque largement même s’il est encore difficile d’assumer sa sexualité partout dans le pays et ce pour de multiples raisons.
Inertie identitaire et sexuelle au Proche-Orient : Israël l’exception ?
Tout le Proche-Orient n’est pas sclérosé. Deux exceptions suffisent pour que le cas de l’espèce ne soit plus une exception. En Turquie d’abord, la revendication identitaire homosexuelle s’est effectuée par étapes, parachevée depuis 2003 par une grande Marche des fiertés, organisée par l’association Lambda Istanbul. Israël est ensuite le second pays ouvert à la cause dans la région. Pour autant, s’il est relativement plus accepté d’être homosexuel en Israël, les blocages sociaux, les confrontations ethniques et les chocs culturels liés à la structure même de la société israélienne, sont encore prégnants.
Etat « juif et démocratique »[1], l’Etat hébreu a en moins de vingt ans acté l’émergence d’une société civile défenseur des droits des homosexuels par la multiplication d’associations[2], la création de lieux dévoués à la vie diurne et nocturne, et s’est paré progressivement de tous les attributs des Etats modernes en termes de grand-messe homosexuelles. Il aurait été bien difficile pour une société israélienne, traversée de toutes les influences sociétales mondiales, de résister aux combats qui ont animé depuis les années 1980 une grande partie des démocraties occidentales.
Une société plurielle et pluraliste
La société israélienne pourrait être définie comme une société de minorités. En réalité l’ethos ashkénaze[3] l’emporte sur toutes les revendications et la défense du droit des minorités depuis 1948. Mais les marges constitutives aussi de ce groupement social complexe ont été de plus en plus nombreuses sans jamais parvenir à créer un réel contrepoids. Mais elles existent : arabes israéliens, russophones, éthiopiens[4] sur un plan ethnique ; ultra-orthodoxes juifs, chrétiens, orthodoxes, syriaques, musulmans, sur un plan religieux.
Et sur un plan sexuel ? Comme toute société bien entendu, Israël a vu se développer la revendication LGBT[5] qui n’est pas sans poser problème à quelques autres minorités. En dehors des Arabes, elle pose un problème majeur aux ultra-orthodoxes juifs, les haredim ou ceux qui craignent manifestement Dieu autant que l’ « inversion » sexuelle. La société a beau être laïque, avec toutes les libertés autorisées qu’une démocratie est en droit d’attendre, il n’en demeure pas moins que la religion majoritaire et poussée à son extrême joue définitivement une place plus importante dans les esprits que ce qu’elle représente démographiquement parlant[6]. La société israélienne est une société jeune et dynamique, constituée d’une multitude de gens d’horizons divers et variés. Avec l’alyah[7], beaucoup de jeunes juifs qui ont vécu dans des sociétés occidentales, apportent avec eux l’influence culturelle qu’ils ont subie, et l’ouverture d’esprit qu’ils pratiquaient là-bas. La société israélienne est un « creuset » du monde.
Laïcs et religieux : Tel-Aviv versus Jérusalem
Pourtant, les derniers évènements à l’encontre de la communauté homosexuelle de l’année dernière posent comme dans tout démocratie, la question du degré de tolérance quand une société se replie et surtout se radicalise à droite comme c’est le cas depuis 2000. Le premier évènement significatif de ces dernières années eut lieu en 2005. Après le rodage de la Gay-pride à Tel-Aviv, les mouvements homosexuels du monde entier avaient les yeux braqués sur Jérusalem. L’idée pour la Jerusalem Open House était d’organiser la seconde World Pride dans la ville trois fois sainte. Sûrement prématurée, l’annonce tombait au même moment que le désengagement par l’armée des colons de Gaza, déjà bien échauffés. L’évènement fut reporté sine die à 2006. Mais la guerre du Liban éclata et les revendications identitaires passèrent définitivement au second plan. L’idée fut abandonnée face à des contextes politiques systématiquement très défavorables. Cela ne veut pas dire pour autant que la détermination à imposer une Gay-pride nationale à Jérusalem tomba à l’eau.
. En effet, si des manifestations LGBT existent à Haïfa et Tel Aviv depuis plusieurs années, il en va tout autrement de son exportation dans la ville que Juifs et Arabes voudraient voir leur capitale. Musulmans, juifs ultra-orthodoxes et chrétiens évangéliques avaient au moins un point commun et un ennemi commun. Déjà lors de la première manifestation en 2005, la tension était à couteaux tirés au cœur de la ville sainte : « un juif religieux avait blessé trois homosexuels à coup de couteau. »[8] Et les « anti » avaient en plus reçu le soutien d’institutions de référence : « Le Vatican au nom des communautés chrétienne, musulmane et juive qui se partagent cette ville trois fois sainte a aussi demandé l’interdiction de la Parade. »[9]. Les manifestations contre rassemblèrent en 2006 et ce plusieurs semaines avant l’évènement bien plus de monde que les militants et manifestants « pro » eux-mêmes. Jérusalem est un autre monde et surtout le coeur spirituel des religieux, colons et défenseurs du grand Israël et de la torah à la lettre qui ont de nouveau la côte depuis l’échec des négociations de Camp David II et l’effondrement de la gauche travailliste –au chômage ?- en Israël. Finalement, la bataille de Jérusalem, si elle fut pourtant gagnée administrativement en 2005, sera loin de l’être sur le plan moral et social. Après toutes ces pressions, il n y aura pas de défilé dans les rues mais le rassemblement se fera dans le stade de l’université hébraïque et ce, dans un climat de kermesse bon enfant, « sans les excentricités habituelles des Gay Pride, sous la protection de milliers de policiers »[10]. Bon enfant certes, mais parqué dans un ghetto. En 2008, la manifestation défilera à la date du 21 juin enfin, avec 7000 membres des forces de l’ordre pour seulement…5000 personnes dans le centre-ville, de la rue King David Street au parc des Libertés, haut lieu de drague homosexuelle dans les années 1990.
Tel Aviv en force et en symbole de l’identité homosexuelle
La mauvaise entente entre juifs radicaux et homosexuels ne peut malheureusement plus se circonscrire qu’à Jérusalem. Jusqu’à il y’a peu la tension n’avait pas touché la « bulle » de Tel-Aviv. Or en août 2009, un centre de la communauté gay a été attaqué[11], faisant 2 morts de 26 et 17 ans. Des croix gammées avaient été précédemment tagées. Même si certains ont cherché à écarter l’idée d’une attaque homophobe, la police a retenu ce motif. Si la classe politique a protesté contre l’attaque du centre gay de Tel Aviv, les mouvements associatifs ont souhaité aller plus loin en accusant un juif ultra-orthodoxe. Décidément. Vrai ou pas vrai, le problème est que les ultras sont représentés au gouvernement désormais et particulièrement au Ministère de l’Intérieur avec le parti religieux shass[12]. Malheureusement l’agresseur est toujours en fuite. Lieu par excellence de l’amusement, de la liberté voire du libertinage, Tel Aviv regorge de lieux d’excentricité et de délassement pour la communauté homosexuelle. D’un côté on y trouve des sex-clubs, les plus grands saunas du Proche-Orient[13] comme le Sauna Paradise ou le Quick, mais encore des boites de nuit comme le Café Noir ou surtout le Mégaclub qui organise des soirées mensuelles très courues[14]. Il arrive à la police de faire du zèle et sa descente dans un sauna de la zone de Krayot en août 2008 a marqué les esprits: onze personnes ont été arrêtées et suspectées de prostitution. Pour qui fréquente ces lieux, il est souvent difficile de faire la part des choses mais pour l’association Aguda[15], ce sauna n’était qu’un simple lieu de drague et de rencontre pour garçons. Si Tel Aviv profite de l’ouverture et de ses limites, ce n’est évidemment sans aucune comparaison avec Jérusalem qui comptabilise péniblement… un night-club gay-friendly[16] dans la rue Shushan, à deux pas de la porte neuve et de la vieille ville. C’est encore à Tel Aviv qu’il y a un monument pour les homosexuels victimes des Nazis et pas à Jérusalem. Et puis il y’a les plages, lieux de drague par excellence comme celle de l’Hôtel du Hilton ou au vieux port. Mais on ne peut au moins pas reprocher à Jérusalem…de ne pas être au bord de la mer !
Va-et -vient de tolérance et de complications
Tout cela reflète aujourd’hui, à travers le prisme de l’homosexualité « en ville » la conjugaison de ces multiples identités laïques et religieuses qui composent la société israélienne, mais c’est une conjugaison qui renvoie surtout à l’ethos israélien. Comment se faire entendre lorsque l’on n’est pas ashkénaze dans une « ethnocratie » israélienne de ce genre ? Comment se faire entendre lorsque l’on est falasha, russophone, arabe israélien et homosexuel ? Libération du 10 novembre 2006 concluait dans son article de la sorte : « L’homosexualité est un grand tabou en Israël, divisée entre les interdits les plus stricts du judaïsme et les acquis d’une société moderne et occidentalisée. Plus fondamentalement, le débat violent sur la gay Pride montre la coupure croissante avivée par le retrait de Gaza et la guerre du Liban entre les Israéliens religieux partisans d’un grand Israël et un monde laïc. » Et pourtant, de plus en plus d’Israéliens n’hésitent plus à sortir du placard….
[1] Considéré par beaucoup de ses détracteurs comme un désaccord originel.
[2] Citons l’une des principales, la « Jerusalem Open House for Pride and Tolerance » créée en 1996.
[3] Originaire d’Europe centrale et d’Europe occidentale
[4] Que l’on appelle Falashmouras et qui sont selon les « textes » des descendants de la Reine de Saba et du Roi Salomon. Une grande partie d’entre eux à été amenée d’Ethiopie dans les années 1980 au moment de la grande famine.
[5] « Lesbien, Gay, Bisexuel et Trans », auquel on ajoute Queer en anglais, soit LGBTQ.
[6] Les ultra-orthodoxes représentent 10% des Juifs. Habillés de noir, à la mode du shtetl (quartiers juifs dans les villes d’Europe centrale au XIXe siècle.
[7] Grâce à la loi du retour, les Juifs du monde peuvent venir s’installer en Israël.
[8] Repris dans Libération, 10 novembre 2006.
[9] idem
[10] idem
[11] http://www.france24.com/fr/20090802-Israel-morts-balles-blesses-club-gay-tel-aviv-homosexuel-ministere-securite-interieure
[12] Pourtant séfarade
[13] Ce qui n’est pas difficile vu le style tout à fait différent des saunas et hammams plus « classiques » dans le monde arabe.
[14] A l’échelle de la Démence à Bruxelles par exemple qui attire les gays de toute l’Europe et les meilleurs DJ’s du moment.
[15] Association des Gay, Lesbiennes, Bisexuels et Transgenres d’Israël.
[16] Qui avait été fermé en 2007 pour le motif, vrai ou non, de tapage nocturne.
lundi 10 mai 2010
RONY BRAUMAN A L'ULB A BRUXELLES MERCREDI 12 MAI A 20H
Rony BRAUMAN
à l'occasion de la publication de son ouvrage:
Humanitaire, diplomatie
et droits de l'homme
Le mercredi 12 mai 2010 à 20 h.
Campus du Solbosch - Auditoire 2215
Rony Brauman, membre actif de Médecins Sans Frontières depuis plus de trente ans, est acteur et observateur de l’installation du discours humanitaire dans la sphère politique et les relations internationales. Partisan de l’ingérence sous sa forme pacifique à l’époque de la guerre froide, il en devient un critique constant lorsque celle-ci se transforme en justification d’invasions armées.
Au fil des articles et entretiens rassemblés dans cet ouvrage, de la santé aux droits de l’homme et de la « guerre juste » aux usages de la mémoire, une réflexion de praticien sur les enjeux et contraintes politiques de l’action et du discours humanitaires se dessine. Plutôt qu’asséner des principes ou réitérer des idéaux, Rony Brauman fait le choix de s’interroger sur les limites d’une forme d’action dans laquelle il reste engagé.
Juif né à Jérusalem en 1950, Rony Brauman, élevé dans "l'idéal sioniste", a par ailleurs de longue date exprimé ses doutes et ses interrogations sur le sionisme "mouvement de libération nationale et mouvement colonial à la fois", ce qui lui vaudra d'être qualifié de "traître" par Alexandre Adler. Il s'est également fortement opposé aux thèses développées notamment par Alain Finkielkraut tendant à assimiler toute opposition à la politique d'Israël à l'antisémitisme.
Ancien président de MSF dont il est aujourd’hui un conseiller, professeur associé à Sciences Po Paris, directeur du Humanitarian and Conflict Response Institute de l’université de Manchester, il s’est fait connaître par la liberté de sa réflexion sur la question humanitaire, les droits de l’homme et la politique.
PAF : 4€ / 2 €